28 oct. 2025

Claire Denis

Claire Leboucq, dite Claire Denis, née le 21 avril 1946 dans le 14e arrondissement de Paris, est une scénariste et réalisatrice française. Très jeune, elle quitte la France pour vivre en Somalie et au Burkina Faso où son père travaille. De retour à Paris, elle étudie à l'IDHEC dont elle sort diplômée en 1972 et débute au cinéma comme assistante des plus grands réalisateurs : Rivette, Jarmusch, Wenders. C'est d'ailleurs dans les paysages désertiques du tournage de "Paris, Texas" qu'elle trouve l'inspiration pour son premier long métrage semi-autobiographique "Chocolat" (1988). Avec "S'en fout la mort" (1990), plongée dans l'univers des combats de coq en banlieue parisienne, puis "J'ai pas sommeil" (1994), la cinéaste construit un univers très personnel, âpre et nocturne. Représentante du cinéma féminin, Claire Denis s'impose dans le paysage français comme l'un des auteurs les plus importants.


Chocolat
Réalisé par Claire Denis
Avec Isaach de Bankolé, Giulia Boschi, François Cluzet, Jean-Claude Adelin, Mireille Perrier, Laurent Arnal 
Drame
1h45
1988
France
France retourne au Cameroun où elle a grandi lorsqu'elle était enfant et se remémore cette période vingt ans après. Son père, commandant de cercle à Mindif, dans le nord du pays, tente tant bien que mal d'organiser la présence coloniale française. Sa jeune femme vit plus difficilement l'Afrique, notamment ses tâches de maîtresse de maison, bien qu'elle soit aidée par Protée, un « boy » instruit et intelligent qui souffre en silence de la situation de son peuple. France, leur fille de cinq ans, très proche de Protée, observe avec sensibilité le pays et les hommes qui changent : tensions et désirs dans une Afrique qui vit ses derniers moments de colonialisme.
Derrière ce titre énigmatique se cache une expression désuète : « être chocolat », c’est être trompé. C’est ce sentiment trouble qu’éprouve France (Mireille Perrier) lorsque après des années d’absence elle retourne au Cameroun où elle est née. Prise en stop par un homme noir américain, la jeune femme, submergée par les souvenirs du pays avant son indépendance, laisse affleurer à la surface du présent les bribes de la colonisation française. Inspirée par ses propres souvenirs du Cameroun, où elle passa une partie de son enfance, Claire Denis réalise avec Chocolat (1988) la photographie cruelle d’un monde en extinction, vu à travers les yeux d’une enfant innocente. L’amitié entre Protée, le boy noir de la famille, et France, filmée en de longs plans silencieux, ne survit pas à la prise de conscience politique du racisme colonial. Avec un regard aiguisé, la réalisatrice scrute les névroses de cette famille de colons européens, fonctionnaires dépassés par les mutations du pays. Ténu, quasi mutique, d’une lenteur hypnotique, ce film d’une grande sensualité plastique condense toute la force du cinéma de Claire Denis. Un érotisme nerveux caché sous une grande pudeur, l’apparente froideur d’une mise en scène entièrement vouée à ses interprètes – inoubliable tête-à-tête entre Cécile Ducasse et Isaach de Bankolé –, un montage sonore d’une précision redoutable.

S'en fout la mort
Réalisé par Claire Denis
Avec Isaach de Bankolé, Alex Descas, Jean-Claude Brialy
Drame
1h31
1990
France
Dah est du Benin, Jocelyn des Antilles. Ils sont noirs et forment une belle équipe qui participe aux combats de coqs clandestins. Alors qu'ils sont sur un gros coup, la mort va s'en mêler...
Pour son deuxième long métrage, Claire Denis coécrit à nouveau avec Jean-Pol Fargeau une histoire originale autour de thématiques méconnues jusqu'alors dans le cinéma français, avec l'étroite inspiration du livre Peau noire, masques blancs (1952) de Frantz Fanon. Le concept de négritude est ainsi au cœur de l'intrigue, avec deux personnages qui développent une attitude différente quant à leur instinct de survie dans le monde symptomatiquement violent des combats de coq organisés à but lucratif. Les deux amis sans papier en France sont conduits à vivre eux-mêmes dans la clandestinité et un dénuement qui n'est censé qu'être temporaire. Or la question de la déterritorialisation sous contrainte économique avec transformation économique d'une pratique culturelle ancestrale, ici les combats de coq, conduit au développement profond du mal-être de l'un des personnages.
Claire Denis saisit par sa mise en scène avec une grande précision les corps comme lieu d'expression d'un drame intérieur qui n'a pas les moyens de trouver la voie de la verbalisation pour dépasser une souffrance irréconciliable. Alex Descas signe avec ce film sa première notable interprétation magnétique avec une implication totale dans son rôle où l'entraînement étroit et viscéral de ses coqs conduit à faire de cet animal le prolongement de son être. Si l'exploitation de la violence dans un cadre social, professionnellement et économiquement admis, est un enjeu qui revient régulièrement dans le cinéma de Claire Denis, en opposition à une parole qui ne peut plus libérer, la cinéaste développe ici pleinement et de manière explicite sa vision politique en assumant l'héritage de Frantz Fanon. Claire Denis se révèle alors une brillante antithèse de Sacha Guitry dans le paysage de l'histoire du cinéma, en s'intéressant politiquement aux personnages laissées dans les marges et avec une confiance à laisser surgir l'expression du corps alors que la parole semble juste assujettie à l'ordre du monde de celles et ceux qui tirent les ficelles d'un enjeu exclusivement pécunier, à l'image des combats de coqs. Rien n'est laissé au hasard dans le cinéma de Claire Denis malgré son apparente modestie, la cinéaste développant la stratégie de se concentrer sur l'essentiel pour éviter l'artifice du spectacle diversion.

J'ai pas sommeil
Réalisé par Claire Denis
Avec Yekaterina Golubeva, Béatrice Dalle, Alex Descas, Richard Courcet
Drame
1h50
1993
France
Daïga est une jeune comédienne lituanienne qui trouve refuge dans l’hôtel de Ninon, situé au coeur du dix-huitième arrondissement de Paris ; là où sévit le “tueur de vieilles dames” qui fait la une de la presse. La jeune femme observe ses voisins, et particulièrement Camille, un homosexuel qui se travestit le soir venu.
« J’ai pas sommeil ! », c’est la phrase que dit dans le film une très vieille dame à sa fille qui la presse d’aller se coucher. Cette parole témoigne d’un sentiment de l’urgence de vivre, de la volonté de ne pas perdre une miette de l’existence qui s’amenuise. Elle introduit parfaitement le propos de Claire Denis. Le film est né de la rencontre de la réalisatrice avec un fait divers récent : l’affaire Thierry Paulin, un serial killer responsable du meurtre d’une vingtaine de vieilles dames au milieu des années 1980 dans le 18e arrondissement de Paris, et mort du sida en prison en 1989, avant son jugement. A travers l’histoire de Camille (Richard Courcet), le «tueur» créole, la réalisatrice Claire Denis décrit toutefois plusieurs autres destins qui, peu à peu, se révèlent être très proches de Camille: le destin de Daïga (Katerina Golubeva), une jeune actrice lituanienne qui débarque à Paris à la recherche d’Abel, un metteur en scène français qui lui a fait de fumeuses promesse; celui de Mona (Béatrice Dalle), une mère désordonnée qui se débat maladroitement auprès de son petit garçon; celui de Théo (Alex Descas), le gentil frère de Camille qui ne connaît rien de ses activités; celui de Madame Ninon (Line Renaud), hôtelière, qui enseigne le karaté à ses contemporaines des «Panthères grises».
Présenté à Cannes dans le cadre d’«Un certain regard», le film de Claire Denis explore donc les rapports entre les êtres. Et s’il y a bien, au départ du film, l’histoire vraie d’un macabre fait divers, ce n’est pour la cinéaste qu’un point de départ lui permettant de parler d’autre chose, à savoir l’état de la Ville occidentale, aujourd’hui. Dans la nuit, Claire Denis tisse une toile de rapports (amoureux, sexuels, criminels) qui dessinent un monde noir où règne la peur (de l’obscurité, des crimes, du sida). Un monde où les gens ne se sentent pas sûr et n’osent plus dormir; et où personne n’ose vraiment s’avouer que la peur, la vraie (celle de mourir un jour), ne se trouve pas au dehors — mais en chacun de nous.

US Go Home (téléfilm)
Réalisé par Claire Denis
Avec Alice Houri, Jessica Tharaud, Grégoire Colin  
Comédie dramatique
1h08
1994
France
A la fin des années 1960, Martine est une adolescente qui vit en HLM près d’une base militaire américaine. Elle est obsédée par l’idée de perdre sa virginité, sa meilleure amie Marlène est déjà passée à l’acte. Lorsque les deux filles sont invitées à une fête, Martine y voit l’occasion d’enfin rencontrer un garçon. Mais la soirée s’avère bien trop sage et ennuyeuse. Alors elles décident de se rendre chez un ami d’Alain, le frère de Martine.
US Go Home est un téléfilm réalisé par Claire Denis pour la chaîne de télévision Arte dans la collection Tous les garçons et les filles de leur âge en 1994. Il est diffusé pour la première fois sur la chaîne franco-allemande le 28 octobre 1994. Claire Denis parvient à suggérer comme personne les années 65 et cette atmosphère tranquille de banlieue parisienne, bien mieux en tout cas que d’autres qui s’y sont essayés sans le même succès (comme Godard par exemple dans le très médiocre Deux ou trois choses que je sais d’elle). Denis s’y prend également à merveille pour montrer l'adolescence. La petite Martine est frondeuse, indécise, fragile, elle est à cet âge où on fait des expériences, où le look importe énormément (voir la scène de maquillage avant la soirée), elle est aussi à un âge extraordinairement individualiste où elle ne peut espérer de soutien de personne, surtout pas de ses coreligionnaires adolescents. Claire Denis a hésité avant d’accepter de tourner pour la série mais elle a finalement sit oui car l’idée d’utiliser des morceaux de musique rock de son adolescence lui tenait à cœur.
Il s’agissait aussi de remplir un autre critère qui était de tourner à l’économie. Le budget de chaque épisode tournait autour de 5 millions de francs et pour rester dans les clous, il s’agissait de ne pas se lâcher sur le casting. Certains des opus de la série ont révélé des acteurs et actrices inconnus qui feront un belle carrière dans le futur (comme Elodie Bouchez chez Téchiné ou Virginie Ledoyen chez Assayas), Denis confiera les rôles principaux à deux actrices amateures et un acteur débutant, Grégoire Colin, qui deviendra par la suite l'acteur fétiche de la réalisatrice. Vu la qualité du film, il a été envisagé d'en faire une version longue mais le projet a été abandonné pour des raisons de droit d’auteurs à payer trop importants (pour les nombreux morceaux musicaux de la bande-son).

Nénette et Boni
Réalisé par Claire Denis
Avec Alice Houri, Grégoire Colin, Jacques Nollot, Valeria Bruni-Tedeschi , Alex Descas , Jamilia Farah , Vincent Gallo , Gérard Meylan.
Comédie dramatique
1h43
1996
France
Depuis la mort de sa mère, Boni, un jeune homme de 19 ans, vit seul dans la maison qu'elle lui a laissée à Marseille. Il est fâché avec son père, surnommé « Monsieur Luminaire », qui s'est occupé de Nénette, sa sœur de 15 ans. Pour vivre, Boni s'occupe, avec des copains d'une pizzeria ambulante que lui a donnée son oncle. Arrive Nénette qui s'est échappée de son internat. Enceinte de 4 mois d'un enfant qu'elle ne désire pas, elle vient perturber la vie monotone de Boni qui, de son côté, ne veut pas entendre parler d'elle. Mais malgré lui, la grossesse et les angoisses de Nénette modifient le cours de sa vie quotidienne et par conséquent son comportement. Alors que Nénette rejette définitivement cet enfant (elle a décidé de le confier à l'assistance publique), Boni, au contraire, s'entête à vouloir le garder. Après l'accouchement, Boni, contre la volonté de sa sœur, récupère l'enfant de force à l'hôpital et décide de l'élever seul.
Il y a dans Nénette et Boni une tension qui est le vrai moteur de la fiction. Tension de l'indicible dont le moteur est une question : qui a mis enceinte Nénette ? Tension qui révèle la complexité des rapports de Boni qui a fait sienne cette déclaration de Gide "famille je vous hais", et qui est prêt à tout pour en fabriquer une avec sa sœur quand il apprend qu'elle est enceinte. Tension la détermination de Nénette, à taire son histoire. Tension le triangle composé du père, de la fille et du fils. Triangle qui ne pourra survivre que par la mort du père et sa substitution par l'enfant (le sien ?). Cette tension traverse tout le film, du cadre, aux corps des acteurs. La beauté du film tient à la capacité de Claire Denis, d'inscrire cette histoire chez des personnages en attente. Attente d'un corps sexuel et du plaisir pour Boni (la belle boulangère), attente de la libération de l'indicible pour Nénette (l'avortement), attente de retour impossible pour le père (l'effacement de la rupture avec ses enfants). Boni n'est ni pauvre ni riche et vit la liberté de la démerde. Celle chaleureuse du temps où les copains font office de famille. Il y a chez Claire Denis une jubilation d'inscrire dans le réel (la succulente scène avec l'assistante sociale). Marseille jamais filmée comme un décor, mais dont la présence dans le cadre raconte beaucoup de la nonchalance de Boni et de ses amis, et sur la beauté des boulangères. La présence de Marseille rajoute de la force et de la véracité à cette histoire, filmée par un regard tendu et généreux.

Beau travail
Réalisé par Claire Denis
Avec Denis Lavant, Michel Subor, Grégoire Colin
Drame, Guerre
1h30
1999
France
« Mon histoire est simple », déclare l’adjugeant Galoup (Denis Lavant), ancien légionnaire déchu échoué à Marseille. Son histoire, elle commence sous le soleil terrassant de Djibouti, où il a autrefois entraîné un groupe de soldats. Le jour où une nouvelle recrue charismatique (Grégoire Colin, magnétique) rejoint les rangs et se distingue aux yeux du grand chef (Michel Subor), par ailleurs toxicomane, Galoup développe une jalousie teintée d’attraction refoulée pour le jeune homme…
L’histoire est en effet « simple » – l’organisation militaire bouleversée par des amitiés et des rivalités -, mais il fallait le style saillant de Claire Denis pour y insuffler une ambiguïté féroce. La réalisatrice subvertit le matériau du film du guerre, en donnant aux entraînements rigides de ces éphèbes l’allure de ballets homo-érotiques, en vidant l’effort physique de toute douleur, allant jusqu’à flirter avec la pure abstraction – les étendues désertiques apparaissent comme des surfaces miroitantes. C’est qu’ici, tout n’est que mirage. Ces petits guerriers attendent un combat qui ne vient pas, déplacent des rochers dans le vide, pour se donner une consistance qui dissimule mal l’absurdité de leur mission. Face aux illusions qui tombent, deux paradis artificiels s’offrent à eux : la sensualité et la violence. Quand ils ne se jettent pas à corps perdu dans des conflits – capturés avec un calme glaçant, dans des tableaux figés, presque picturaux, d’où surgissent des membres amputés -, ils se muent en oiseaux de nuit, à la recherche de musique et de danse pour se souler. Claire Denis saisit avec fluidité ce mode de vie schizophrène, où la mort côtoie le plaisir avec une facilité indécente, où l’exaltation rencontre l’inertie militaire. Si Beau Travail touche autant, c’est qu’il conjugue à la fois une grande ascèse dans sa mise en scène – mutisme, refus de la psychologisation, stylisation déroutante des espaces – et un éveil des sens. Grand film formaliste, il n’oublie jamais de ramener le spectateur vers la douceur et le désir, quand bien même ils prennent le visage de la cruauté. 

Trouble Every Day
Réalisé par Claire Denis
Avec Vincent Gallo, Tricia Vessey, Béatrice Dalle
Thriller, Épouvante-horreur, Érotique
1h41
2001
France, Allemagne, Japon
Lors de son voyage de noces à Paris avec son épouse June, Shane Brown, un chercheur américain, part retrouver son ami Léo, un médecin français susceptible de le soulager d'un mal étrange.
Attention : viande fraîche. Lorsque Claire Denis nous propose sa version du mariage entre Éros et Thanatos, le résultat est à la fois macabre et bouillonnant. Sur le papier, cette histoire d’expériences médicales qui tournent mal, d’attirances vampiriques et de cannibalisme pulsionnel peut laisser perplexe, fleurant la série B au rabais. À l’écran, elle se dote d’une force véritablement dévastatrice. Toute la puissance si dérangeante du film vient précisément de ce que son exploration de l’extrême vient se loger dans les interstices du quotidien (“every day”), les espaces lacunaires et troublants entre les gestes les plus banals du travail, du couple... Sans prévenir, l’horreur est susceptible de survenir dans des lieux certes glauques, mais ordinaires, comme si la cinéaste maintenait le plus longtemps possible le brouillage des pistes quant au genre et au ton adoptés : grelottant sous sa parka trop large, sur le bord bétonné d’une nationale que sillonnent des routiers en mission, Béatrice Dalle pourrait être une oubliée de la société réduite à vendre son corps... si des traces de sang dans l’herbe et au coin de sa bouche, à la scène suivante, ne révélaient pas sa nature de nymphomane anthropophage. En passant ainsi du trivial à l’abracadabrantesque, du style documentaire au récit fantasmatique, de l’ellipse à l’ostentation de l’image “coup de poing”, Claire Denis prouve que les frontières sont poreuses, et que des réalités de niveau différent peuvent se répondre plus facilement que ne le laissent penser les apparences. Dans cette danse macabre, la réalisatrice filme ses personnages au plus près de leur malaise, augmentant le malaise du spectateur en les rapprochant encore davantage de lui. Shane, l’inquiétant jeune marié incarné par Vincent Gallo, évoque le rôle interprété par Tom Cruise dans Eyes Wide Shut, un homme se dérobant à son couple, se refusant à ses fantasmes qui ne cessent de lui imposer leur vigueur pathologique. Symétriquement, Béatrice Dalle réussit à prendre à cœur et au corps un rôle presque muet, vibrant de vie, toujours sur le seuil entre naïveté et monstruosité. De part et d’autre de ce couple démoniaque - dont la rencontre ne durera finalement qu’un instant -, une série de rôles secondaires (dont l’excellent Alex Descas, habitué des films de Claire Denis) ponctue la folie des deux personnages centraux. C’est aussi du fait de ce caractère profondément humain et, somme toute, “réaliste”, que Trouble Every Day est un film éprouvant, duquel on n’émerge qu’avec difficulté. Les scènes de cannibalisme, si elles n’atteignent pas le gore gratuit de Cannibal Holocaust, restent toutefois d’une violence physique et graphique extrême, doublée d’une indécision à la limite du supportable : est-on dans le plaisir ? La douleur ? On peut si on le souhaite interpréter le film à un niveau moins littéral, sur le mode de la vision pessimiste du couple, comme entraînant inévitablement la “dévoration” du désir de l’un par celui de l’autre. Mais c’est aussi un étrange tableau de la force de nos pulsions élémentaires, dans une optique peut-être involontairement sadienne : de la jouissance à la cruauté, il n’y a qu’un pas.

Vendredi soir
Réalisé par Claire Denis
Avec Valérie Lemercier, Vincent Lindon, Helene de Saint-Père  
Drame, Romance
1h30
2002
France
Laure, en plein déménagement, est invitée à dîner chez des amis. Elle est prise dans des embouteillages sans fin. Elle décide d'aider un piéton séduisant, Jean. Une attirance mutuelle naît rapidement de cette rencontre et les amène a passer la nuit ensemble. Cette brève aventure va bouleverser l'existence, jusque-là très ordonnée, de Laure, mais leur liaison aura-t-elle un avenir ?
Une homme et une femme se croisent, s'aiment puis se quittent. De cette trame minimaliste, Claire Denis, la plasticienne du cinéma français, signe une œuvre magnifique et épurée, un poème musical et sensitif, rare et essentiel. Un film gonflé et un pari réussi: seule la réalisatrice de Trouble Every Day et de Beau Travail pouvait adapter le roman d'Emmanuèle Bernheim, composé uniquement de sensations, de petits gestes refrénés, de désirs troubles si difficiles à retranscrire au cinéma. La première heure est sublime. A la limite de l'absurde, Laure, qu'un déménagement rend mélancolique, est engluée dans un embouteillage sans fin. Elle accepte dans sa voiture un auto-stoppeur séduisant et charmeur, Jean. Commence alors le grand jeu de la séduction, des mots susurrés aux petits regards insistants, des moments de doute à l'ivresse des sentiments éprouvés. Claire Denis et sa caméra suivent cet amour naissant au plus près des corps. Chaque geste devient un élément d'une parade amoureuse millimétrée, chaque soupir une déclaration d'amour. Elle filme ce désir qui naît sans parole, juste rythmé par le bruit des voitures, le sublime violon de Dickon Hinchliffe, un membre des Tindersticks, et les murmures lointains de la ville. L'habitacle de la voiture devient un espace intime, un cloître secret. Dans le cinéma de Claire Denis, tout est question de désir. Les corps se frôlent, se touchent, s'entrechoquent maladroitement, les regards se croisent et peu à peu s'enflamment. Tout est subtil, délié, limpide, sans artifice dramatique. Sa mise en scène évoque celle de Wong Kar-waï dans In the Mood for Love, avec des ralentis presque imperceptibles et une tension érotique dans chaque plan. Cette première partie, magnifique est la quintessence de son cinéma sensuel: des petits morceaux de vie, de corps, des fulgurances sonores et visuelles, une utilisation unique de la musique et la formidable photographie d'Agnès Godard. Claire Denis, au sommet de son art, se permet une histoire d'amour sans parole, un coup de foudre sans justification, une heure de lévitation cinématographique sans filet qui peut dérouter et laisser à quai. Valérie Lemercier est bouleversante. Chenille mélancolique au début du film, Laure se transforme peu à peu en papillon de nuit érotique, devient sous nos yeux, de plus en plus belle, de plus en plus libre. Valérie Lemercier, la comique maladroite et sympathique, se transforme sous l’œil de Claire Denis en femme fatale. Le film suit son regard : Jean (Vincent Lindon convaincant) n'est qu'une figure, que l'archétype d'un homme séduisant. Cela pourrait être un autre homme, un autre soir. C'est elle qui décide, qui vit ce moment unique, qui choisit. La première heure centrée sur son désir est la plus intéressante. L'acte en lui-même filmé avec pudeur et retenue, n'est finalement qu'accessoire, le repas entre amoureux qu'une illusion de séduction, d'un après possible. La seconde partie est donc moins forte, moins attachante. Sa construction alambiquée faite de flash-backs et de tentatives fantasmées masque une réelle baisse de tension. Le film devient plus bavard, plus classique et perd de sa force émotionnelle jusqu'au dénouement sublime et radical. Claire Denis confirme avec ce film son talent plastique insensé et sa singularité dans le paysage cinématographique français.

L'intrus
Réalisé par Claire Denis
Avec Michel Subor, Béatrice Dalle, Florence Loiret Caille  
Drame
2h10
2004
France
A la veille d'une transplantation cardiaque, un homme malade décide de quitter la montagne où il mène une existence solitaire pour partir vers les îles à la recherche d'un passé et d'un paradis perdus.
En empruntant de nouveaux sentiers, L'Intrus confirme que le cinéma de Claire Denis est un cinéma en mouvement permanent, un cinéma de recherche, d'exploration des limites, des tréfonds de l'homme, peu enclin, sur le fond comme sur la forme, à s'installer dans le confort. L'Intrus est un film moderne au sens où il invente sur le terrain sa propre actualité. Mais, dans le même temps, il raconte une histoire pérenne, venue d'autres films, d'autres livres, d'un autre monde, voire d'outre-tombe. Une histoire tropicale. De celles qu'on écoute sous une varangue au pire moment de la canicule quand le moindre mouvement, fut-il de la pensée, est une épreuve. Une fable faussement indolente. La preuve, nous voilà maraboutés. L'intrus est en nous.

35 Rhums
Réalisé par Claire Denis
Avec Alex Descas, Mati Diop, Nicole Dogue   
Drame
1h40
2009
France
Lionel est conducteur de RER. Il élève seul sa fille, Joséphine, depuis qu'elle est toute petite. Aujourd'hui, c'est une jeune femme. Ils vivent côte à côte, un peu à la manière d'un couple, refusant les avances des uns et les soucis des autres. Pour Lionel, seule compte sa fille, et pour Joséphine, son père. Peu à peu, Lionel réalise que le temps a passé, même pour eux. L'heure de se quitter est peut-être venue...
Ode au voyage dans le temps d'une vie plus que dans de vains espaces lointains, 35 rhums réussit l'exploit de proposer une légende, celle des 35 rhums que l'on accepte sans en connaître le fondement comme on se doit d'accepter les séparations qu'impose la nature sans en comprendre les justifications. Avec sensibilité, sans mièvrerie aucune, Claire Denis filme à pas feutrés en demandant l'impossible à ses acteurs: faire passer des sentiments, sans rien dire ou si peu. On en sort ému, comme après avoir découvert une lettre d'amour perdue.

White Material
Réalisé par Claire Denis
Avec Isabelle Huppert, Isaach de Bankolé, Christopher Lambert  
Drame
1h42
2009
France
Quelque part en Afrique, dans une région en proie à la guerre civile, Maria refuse d'abandonner sa plantation de café avant la fin de la récolte, malgré la menace qui pèse sur elle et les siens.
A l'origine, il y avait le désir d'Isabelle Huppert de jouer dans une adaptation de Vaincue par la brousse, le premier roman de Doris Lessing, Prix Nobel de littérature. Voulant travailler avec la plus africaine des réalisatrices françaises, Claire Denis, elle lui propose ce roman. La cinéaste fait lire le livre à l'écrivain Marie NDiaye, Prix Goncourt 2009. L'auteure de Trois femmes puissantes se souvient : « j'ai trouvé ce livre splendide, simplement très daté, ce qui est normal, c'est écrit dans les années 50, je pense. Surtout ce qui était gênant c'était, enfin pour une adaptation actuelle, la relation de la femme et son employé noir qui relevait encore de toute une tradition de relations sado masochistes. Je ne me voyais vraiment pas travailler là-dessus, ou alors c'était un film en costumes... »
Mais Vaincue par la brousse leur a servi de matériau à cette histoire de plantation et décolonisation. NDiaye évoque ainsi l'écriture du scénario. « Dans mon souvenir, le long moment finalement qu'on a passé autour de ce scénario, il est vraiment accompagné de lectures qui nous ont plus ou moins influencées, c'était une atmosphère autour de l'écriture. Il y avait Rire d'Afrique de Doris Lessing, mais il y avait aussi les romans de Sony Labou Tansi, je ne peux pas détacher le souvenir que j'ai de notre travail en commun des livres qui l'ont nimbé d'une atmosphère. »
Le film se tourne au Ghana et est projeté en avant-première au Festival de Venise.
Isabelle Huppert ne regrette rien des virages empruntés par Denis et NDiaye au fil de l'écriture. « C'était un peu comme si les héros de Doris Lessing avaient grandi et avaient gagné en force, même si dans White Material, ils restent, évidemment, très fragiles. Chez Lessing, Mary ressemblait à une Madame Bovary traversée par la folie. Claire lui a fait subir une mutation complète. Elle l'a entraînée vers de nouveaux rivages qui rappellent davantage Disgrâce de John Maxwell Coetzee. »
White Material jette un oeil terrifiant sur les soubresauts d'une Afrique postcoloniale qui n'a pas encore réglé ses comptes avec la présence des Blancs et qui ne peut s'émanciper que dans le chaos.

Les salauds
Réalisé par Claire Denis
Avec Vincent Lindon, Chiara Mastroianni, Julie Bataille
Drame
1h43
2013
France
Marco, commandant à bord d’un supertanker, abandonne son équipage et rentre à Paris en urgence. Sa sœur Sandra est en panique : son mari s’est suicidé, l’entreprise est en faillite et sa fille à l’hôpital. Sandra tient le coupable : l’homme d’affaire Edouard Laporte. Pour résoudre l’affaire, Marco loue un appartement dans l’immeuble où la maitresse de Laporte vit avec son fils. Seulement Sandra lui cache d’autres éléments et Marco va aller de surprises en surprises…
Cinq ans après le tournage de 35 rhums, Claire Denis revient avec un film écrit et réalisé plus rapidement que ses deux précédentes productions (White Material avait même mis plusieurs années à trouver le chemin des écrans). Loin d’être allégé pour autant, Les Salauds se perd même parfois dans ses propres méandres. Claire Denis a ici laissé s’exprimer cette fois la part la plus sauvage de son inspiration. Le film, objectivement, est infiniment moins violent qu’un Trouble Every Day, mais beaucoup plus sale, plus glauque, car jamais le « genre », le « cinéma » ne viennent à la rescousse de l’horreur presque ordinaire qu’il choisit de simplement montrer, sans jamais insinuer qu’une réparation soit possible ni même souhaitée par les victimes.
Ne pas voir pour autant ces Salauds comme un film suicidaire ! Il est peut-être temps, au contraire, pour celle qui a su en vingt-cinq ans marquer un territoire bien à elle, vraiment unique dans la cartographie du cinéma français (entre prise en compte du produit social et visuel du multiculturalisme et goût pour la pure délocalisation), de faire avec cette part moins noble mais tout aussi passionnante de son art. Celle, portée par une philosophie faulknerienne hautement revendiquée, interrogeant en profondeur les impasses et trous noirs guettant toute trajectoire individuelle. Si les « salauds » sont parmi nous, peut-être faut-il quelqu’un pour ne pas les perdre de vue… et savoir à l’usure qui ils sont vraiment.

Un beau soleil intérieur
Réalisé par Claire Denis
Avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Nicolas Duvauchelle  
Comédie, Romance
1h35
2017
France
Isabelle, divorcée, un enfant, cherche un amour. Enfin un vrai amour.
“Un beau soleil intérieur”, présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, marque l’évolution de Claire Denis vers un cinéma d’auteur qui gagne en chaleur, en légèreté. Sans rien perdre de sa maîtrise. Avec cette volonté de regarder du côté du beau soleil, le film tient à distance les clichés sur la lâcheté des hommes ou la faiblesse des femmes. Il est ailleurs, dans un monde intérieur – là encore le titre ne ment pas. Mais cette intimité féminine, Claire Denis l’accueille, et la cueille, avec un regard fort, franc, des plans cadrés, toujours très tenus, au bord de la dureté. C’est ce qui donne de la légèreté à ce film tourné, on le sent, dans une belle complicité, mais jamais sur le ton insistant d’un cinéma de copines. La beauté de Juliette Binoche, son élan naturel, suffisent à créer de la proximité avec le spectateur. Autour d’elle, il y a Xavier Beauvois, Nicolas Duvauchelle, Bruno Podalydès, Josiane Balasko, Philippe Katerine…

High Life
Réalisé par Claire Denis
Avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, André Benjamin   
Science-fiction
1h53
2018
France
Un groupe de criminels condamnés à mort accepte de commuer leur peine et de devenir les cobayes d’une mission spatiale en dehors du système solaire. Une mission hors normes…
L’usage de l’ellipse et un rythme lent accompagné d'une bande son monocorde, peuvent rebuter. Mais cela serait passer à côté d’un beau sujet, traité avec originalité, au carrefour du cinéma de genre et d’auteur. Une aventure philosophique, ce vers quoi tend depuis toujours le meilleur de la science-fiction.

Avec amour et acharnement
Réalisé par Claire Denis
Avec Juliette Binoche, Vincent Lindon, Grégoire Colin
Drame, Romance
1h56
2022
France
C’est Paris et c’est déjà l’hiver. Sarah et Jean s’aiment, ils vivent ensemble depuis plusieurs années. C’est un amour qui les rend heureux et plus forts. Ils ont confiance l’un en l’autre. Le désir ne s’est jamais affadi. Un matin, Sarah croise par hasard François son ancien amant, ce François qui lui a présenté Jean, ce François qu’elle a quitté pour Jean sans hésiter.
L'histoire, adaptée d'un roman (Un Tournant dans la vie) de Christine Angot, co-auteure du scénario, paraît banale. Claire Denis et ses trois acteurs en tirent un pas de deux hypnotique, travaillé par le désir, la culpabilité et la peur de perdre, ou de partir.

Stars at Noon
Réalisé par Claire Denis
Avec Margaret Qualley, Joe Alwyn, Benny Safdie
Drame, Romace, Thriller
1h45
2023
France
Une jeune journaliste américaine en détresse bloquée sans passeport dans le Nicaragua d’aujourd’hui en pleine période électorale rencontre dans un bar d’hôtel un voyageur anglais. Il lui semble être l’homme rêvé pour l’aider à fuir le pays. Mais elle réalise trop tard qu’au contraire, elle entre à ses côtés dans un monde plus trouble, plus dangereux.
Le film est plongé dans une contradiction, amoureux d’un côté de son audace moderne qui lui fait mépriser le récit mais arrimé à des figures qui ne disent rien de plus qu’elles-mêmes et ne dirigent le regard vers aucun hors-champ. Autrement dit, il aurait fallu soit une histoire, soit une idée.

Le Cri des gardes (The Fence)
Réalisé par Claire Denis
Avec  Isaach de Bankolé, Matt Dillon, Mia McKenna-Bruce
Drame
1h32
2025
France
Titre original The Cry Of The Guards
Un vaste chantier de travaux publics en Afrique de l’Ouest. Horn, le patron, et Cal, un jeune ingénieur, partagent une habitation provisoire derrière les doubles grilles de l’enceinte réservée aux blancs. Leone, future épouse de Horn, arrive d’Europe le soir même où un homme qui s’est introduit par effraction surgit derrière les grilles. Il s’appelle Alboury. Il ne quittera pas les lieux tant qu’on ne lui aura pas rendu le corps de son frère, mort sur le chantier.
Depuis Chocolat (1988), son premier long métrage en forme de récit autobiographique sur la fin du colonialisme au Cameroun, Claire Denis construit une œuvre radicale, nourrie d’un rapport intime au corps et d’une mise en scène singulière. Avec Le Cri des gardes, adaptation de la pièce Combat de nègres et de chiens de Bernard-Marie Koltès, la cinéaste retourne en Afrique pour raconter une histoire postcoloniale : celle de deux expatriés français, responsables d’un chantier de travaux publics, confrontés à un homme venu réclamer le corps de son frère, mort sur le site. Porté par un casting impressionnant — Issach de Bankolé, Matt Dillon et Tom Blyth —, ce huis clos est âpre et rugueux. Mais Claire Denis n’arrive pas à se décider, entre un film radical qui embrasserait pleinement l’idée du théâtre filmé, et une trahison totale de Koltès. En résulte donc un film indécis, qui trébuche dans son rythme par des flash-backs pas très utiles, et dans lequel on a grande peine à reconnaître le style de la cinéaste. 


11 août 2025

Luc Besson


Luc Besson est un réalisateurproducteur et scénariste français, né le 18 mars 1959 dans le 15e arrondissement de Paris, auteur d'une vingtaine de longs métrages, dont trois figurent au palmarès des 100 plus grands succès de films français dans le monde
Révélé dès ses premières œuvres, Le Dernier Combat (1983) et Subway (1985), il triomphe au box-office avec Le Grand Bleu (1988) qui réalisera plus de 9 millions d'entrées et lui apporte une ouverture internationale qu'il confirme par le succès de presque tous ses films suivants : Nikita (1990), Léon (1994), Le Cinquième Élément (1997), César du meilleur réalisateur en 1998 et Jeanne d'Arc (1999). Parmi ses autres grands succès commerciaux, trois séries de films s'exportent bien, TaxiTaken, et Le Transporteur
En lançant sa société de production EuropaCorp en 2000, il veut rivaliser avec les majors américaines, mais via une écurie de réalisateurs et techniciens français, produisant en France, même si c'est le plus souvent en langue anglaise avec une vedette internationale étrangère en tête d'affiche. Sa société entre en Bourse en 2006, pour financer, avec l'aide de l'État, ses propres studios à la Cité du cinéma.
Après plusieurs échecs, il retrouve le succès international avec Lucy (2014), qui devient le plus gros succès d'un film français dans le monde et l'année suivante la 40e cérémonie des César le récompense d'une exceptionnelle médaille d'or de l'Académie des arts et techniques du cinéma, pour sa « contribution artistique et entrepreneuriale exceptionnelle au cinéma français depuis trois décennies ».
Tournée en 2016, la superproduction de Valérian et la Cité des mille planètes est le plus gros budget de l'histoire du cinéma français devant un autre de ses films, Le Cinquième Élément, mais dès l'été 2017 la critique chinoise le boude et l'investissement apparait impossible à rentabiliser. L'échec se répète au film suivant Anna, plaçant sa société en quasi faillite et l'obligeant à la céder à un créancier puis fermer l'école de scénariste et réalisateur, gratuite et sans condition de diplôme, qu'il avait fondée en 2012.


Le Dernier Combat (The Last Battle)
Réalisé par Luc Besson
Avec Pierre Jolivet, Jean Reno, Jean Bouise
Science-fiction
1h35
1982
France
Une terrible catastrophe planétaire a rendu la population muette. Parce qu'il a volé une batterie de voiture, un homme s'attire l'hostilité d'une bande que dirige un individu tout de blanc vêtu. Il parvient à s'échapper au dernier moment, aux commandes d'un petit avion qu'il a construit... et qui ne tarde pas à s'écraser. Un médecin prend soin du rescapé. Il essaie à toute force de lui redonner l'usage de la parole. Rien n'y fait. Le médecin a de toute façon d'autres problèmes. Un colosse barbu cherche à lui dérober ses biens et sa nourriture. Une solide amitié naît entre l'homme et le médecin.
Le Dernier Combat est le premier film de Luc Besson, alors âgé de 23 ans. Il reprend l’intrigue de son court métrage L’Avant dernier (1981) déjà écrit conjointement avec Pierre Jolivet. Le Dernier Combat était original et surprenant à sa sortie, il l’est toujours presque autant aujourd’hui. Aucun dialogue, tourné en noir et blanc au format Scope, des décors insolites (la plupart des scènes ont été tournées à Paris, sur des chantiers et immeubles abandonnés, parfois sans autorisations), des personnages singuliers avec une note loufoque. Le scénario manque toutefois d’étoffe, cela se ressent en milieu de film. Le budget fut bien entendu très réduit.
"Le film étant entièrement tourné en décors naturels, le noir et blanc me semblait la meilleure formule pour créer une atmosphère intemporelle et réellement fantastique. Nous avons choisi le cinémascope pour casser davantage les lignes qui se dessinaient dans les ruines et qui risquaient de les rendre reconnaissables. Le cadre scope dénature complètement ces lieux bouleversés" (Luc Besson).
Prix spécial du Jury au Festival d'Avoriaz 1983, Prix spécial de la critique au Festival International de Bruxelles 1983 et César pour Meilleure première œuvre aux César 1984.

    Subway
    Réalisé par Luc Besson
    Avec Isabelle Adjani, Christophe Lambert, Jean Reno,
    Jean-Hugues Anglade, Richard Bohringer, Eric Serra, Jean-Pierre Bacri, Jean Bouise
    Policier
    1h44
    1985
    France
    Après avoir dérobé des documents compromettants, un homme se réfugié dans l'univers fascinant et agité du métro parisien. Une impitoyable chasse à l'homme s'organise au cours de laquelle d'étranges liens se tissent entre le cambrioleur et sa victime.
    Après avoir signé l’étrange film de science-fiction Le Dernier combat (1983) avec Pierre Jolivet et Jean Reno, le réalisateur Luc Besson obtient un budget bien plus conséquent pour son second essai derrière la caméra. Fasciné depuis toujours par le monde des délinquants et des déclassés, il s’attache ici à suivre le destin tragique de deux personnages que tout oppose. Le voleur n’a de cesse de se faire passer pour un grand de ce monde alors qu’il n’a aucun domicile fixe, tandis que sa proie est une femme de milliardaire en rupture avec un milieu qu’elle ne supporte plus. Chacun veut finalement s’immiscer dans l’univers de l’autre, mais leurs différentes tentatives seront systématiquement vouées à l’échec.
    Le script de Subway (1985), parfois très maladroit, fonctionne par oppositions binaires. Monde souterrain des clochards contre univers raffiné des élites, gendarmes contre voleurs, amour fou contre autorité normative sont autant de contrastes mal digérés. Au milieu de cette société totalement compartimentée, où le destin de chacun semble inscrit dès la naissance, se débattent un certain nombre de personnages décalés, figures grotesques prises au piège d’un modèle préétabli.
    Projet très ambitieux, Subway est également marqué par un esthétisme évoquant immanquablement celui du Diva (1981) de Jean-Jacques Beineix. La réalisation virtuose de Besson éclate effectivement à chaque plan : la caméra virevolte et flotte dans les couloirs du métro avec une aisance extraordinaire pour l’époque.
    On comprend donc mieux pourquoi le public fut scotché par cette œuvre novatrice sur le plan formel et ambitieuse sur le plan narratif. La présence des deux stars les plus en vue du moment a également fait beaucoup pour transformer ce trip esthétisant en succès populaire. Isabelle Adjani était alors au sommet de sa carrière, tandis que Christophe Lambert sortait tout juste du triomphe de Greystoke. Ce casting très mode est épaulé par un Michel Galabru impérial et de jeunes espoirs qui ont fait bien du chemin depuis, de Jean-Hugues Anglade à Jean Reno en passant par Jean-Pierre Bacri.
    Ce film fut le premier gros succès commercial de Besson, tout en obtenant trois Césars, dont celui du meilleur acteur pour un Christophe Lambert moyennement convaincant. Improbable grand écart entre recettes classiques du cinéma d’action et poétisation du réel, Subway apparaît aujourd’hui comme un film hybride, aux influences multiples parfois mal digérées.

    Le Grand Bleu (The Big Blue)
    Réalisé par Luc Besson
    Avec Jean-Marc Barr, Jean Reno, Rosanna Arquette
    Aventure, Drame, Romance
    2h18
    1988
    France
    La rivalité de deux enfants, dans la mer, en Grèce, qui se poursuit lorsqu'ils sont adultes. Lequel des deux plongera le plus loin et le plus profond ? Leurs amours, leurs amitiés, avec les humains et avec les dauphins, à la poursuite d'un rêve inaccessible.
    Film inspiré de la vie du plongeur Jacques Mayol, Le Grand Bleu a marqué les esprits de toute une génération. Sur fond de musique envoûtante, primée du César de la meilleure musique écrite pour un film en 1989, l’histoire retrace la rivalité entre Mayol (interprété par Jean-Marc Barr) et l’italien Enzo Maiorca (renommé Molinari dans le film et interprété par Jean Reno).
    Retranscrits à l’écran, l’effet planant de l’apnée entraîne le spectateur dans une contemplation de la beauté sous-marine. Le personnage de Jacques Mayol, dit « l’homme-dauphin », y est représenté en parfaite osmose. Une nouvelle façon de filmer la mer, redécouverte à travers la caméra de Besson tel un nouveau monde à la beauté tranquille et mystérieuse.
    Le Grand Bleu est peut-être l’œuvre la plus personnelle de Luc Besson, un film dont il rêvait déjà ado, qui révèle sa passion pour la mer et les cétacés. Fils d’instructeurs de plongée sous-marine, Luc Besson se prédestinait lui-même à une carrière de plongeur-delphinologue. Malheureusement, un accident survenu à ses dix-sept ans l’empêche de poursuivre sa vocation.
    Sur le plateau de tournage, Luc Besson a engagé Jacques Mayol lui-même comme conseiller technique afin de superviser ses comédiens, entraînés à réaliser eux-mêmes les scènes de plongée. Une préparation physique intense, avec pour but de rendre les acteurs crédibles dans leur rôle. « Ils ont fini par l’aimer, ce grand bleu » avait déclaré Besson, « Jean Reno est remonté une ou deux fois quasiment dans le coma parce qu’il était bien au fond et qu’il n’avait pas envie de remonter ».
    Le succès du film fut cependant difficile à supporter pour Jacques Mayol, alors révélé au grand public, mais souvent confondu avec son interprète. « On parlait de Jacques Mayol et on me voyait moi » a confié l’acteur Jean-Marc Barr, submergé lui aussi par le succès du Grand Bleu. Quelques années plus tard, l’apnéiste est malheureusement retrouvé mort chez lui, dans sa maison sur l’île d’Elbe.
    Le Grand Bleu célèbre également la mer Méditerranée, sur les bords de laquelle a lieu le tournage, notamment sur l’île grecque d’Ios où Luc Besson a passé une partie de son enfance. Un retour aux sources pour le réalisateur, qui traduit également son attachement pour la région.
    D’abord accueilli difficilement à Cannes, l’œuvre connaîtra par la suite un succès planétaire mérité. En effet, dès sa sortie, le public est conquis. L’esthétique paisible, hypnotique, enchante et appelle à rejoindre l’océan. Selon l’acteur principal Jean-Marc Barr, l’œuvre « parle avant tout aux ados », ceux-là même que l’on surnommera de « génération Grand Bleu ».
    Ce long métrage confirme en tout cas le fossé qui ne cesse alors de se creuser entre le public et la critique qui a unanimement boudé le trip de celui qu’on surnomma très vite « Bulle caisson ». L’accueil à Cannes particulièrement cinglant, a marqué pour longtemps le cinéaste. Autant de railleries qui doivent aujourd’hui être oubliées afin de juger plus objectivement ce troisième opus d’un réalisateur toujours aussi soucieux de la qualité formelle de ses films. Tenant sur un ticket de métro, le scénario du Grand bleu n’est guère enthousiasmant et souffre d’un manque évident de psychologie. Pourtant, grâce à la magie de son impeccable casting, à la maestria de sa réalisation et à la beauté des images, l’œuvre nous emporte encore aujourd’hui dans un tourbillon de sensations fortes et de sentiments à la pureté revigorante.
    Indéniablement naïve dans son propos, l’histoire peut se voir comme une rêverie poétique sur l’impossibilité de faire table rase du passé. Traumatisé par la mort de son père, le jeune Mayol (solaire Jean-Marc Barr) ne peut se résigner à une vie d’adulte conformiste et préfère l’idéalisme de la jeunesse éternelle. Le final, superbement poétique, invite à l’abandon et ne pouvait que toucher le jeune public. Souvent considéré comme un film pour adolescents, Le grand bleu correspond effectivement à merveille aux hésitations identitaires de cette période de l’existence.
    A côté de cet aspect purement métaphorique, Besson inonde sa production de séquences humoristiques qui dynamisent un script anémique. Si certaines sont irrésistibles, d’autres font preuve d’une rare lourdeur. Ces quelques faux pas sont heureusement compensés par la sublime musique d’Eric Serra, un must incontournable de la bande originale de film. Planante, profonde et d’une redoutable efficacité, elle participe pleinement à la jubilation ressentie devant ce voyage initiatique qui a sans doute reçu un accueil trop dithyrambique de la part des ados de l’époque, mais que les critiques ont exagérément roulé dans la farine.
    A noter qu’à la suite de la brillante première exploitation, le cinéaste a proposé dès le mois de janvier 1989 une version plus longue qui fait désormais autorité. Si elle ne corrige en rien les défauts de script, elle équilibre un peu mieux les séquences de plongée avec la vie extérieure. C’est généralement cette version longue qui est désormais proposé au visionnage.
    Aujourd’hui, Le Grand Bleu revêt une dimension environnementale et engagée. A travers son long métrage, Luc Besson sensibilise à la préservation des fonds marins en offrant une nouvelle approche du monde aquatique. « Quand tu retiens ton souffle, tu es en harmonie avec la nature, tu n'es rien et ta vie devient plus intense. » avait un jour déclaré Mayol, dépeignant ce sentiment d’extase et de communion avec la mer si bien retranscrit dans le film.
    Film de sincérité et d’amour pour la faune marine, Le Grand Bleu est donc aujourd’hui une œuvre unique en son genre, devenue culte, et dont la magie maritime et sereine continue d’inspirer.

    Nikita
    Réalisé par Luc Besson
    Avec Anne Parillaud, Tchéky Karyo, Jean-Hugues Anglade, Jeanne Moreau, Jean Reno
    Action
    1h57
    1990
    France
    Le braquage d'une pharmacie par une bande de junkies en manque de drogue tourne mal : une fusillade cause la mort de plusieurs personnes dont un policier, abattu par la jeune Nikita. Condamnée à la prison à perpétuité, celle-ci fait bientôt la rencontre de Bob, un homme mystérieux qui contraint la jeune femme à travailler secrètement pour le gouvernement. Après quelques rébellions lors d'un entraînement intensif de plusieurs années, Nikita devient un agent hautement qualifié des services secrets, capable désormais selon Bob d'évoluer seule à l'extérieur. Celui-ci espère d'ailleurs s'en assurer lors d'une terrible mise à l'épreuve, dans laquelle Nikita doit éliminer un pilier de la mafia asiatique au beau milieu d'un restaurant bondé...
    Sanctifié par le succès colossal, et mondial, du Grand Bleu, Luc Besson ouvrait les années 90 avec un film d’action comme le cinéma français n’en avait jamais vu. Une série B glacée, paranoïaque et romantique, ultime signature en territoire français d’un cinéaste alors encore des plus inspirés.
    Difficile aujourd’hui aux vues de l’effondrement du niveau des réalisations de Luc Besson depuis le début des années 2000, sans même penser à la qualité navrante des scénarios écrits pour les productions de sa société Europa, d’imaginer (ou se souvenir) de l’importance qu’avait le bonhomme à ses débuts. La figure d’un frondeur, la personnification d’un vent nouveau dans le cinéma français, d’une approche plus moderne, ouvertement esthétique et stylisée qui explosa dès son second film, le culte Subway pour se concrétiser dès l’opus suivant Le Grand Bleu, raz de marée qui noya la critique sous un flot de spectateurs enthousiastes près à revenir en salle pour une « version longue » diffusée des années durant dans la nouvelle salle du Grand Rex. En 1990, Nikita est donc bel et bien attendu au tournant. Naturellement, la critique de l’époque, à quelques exceptions, continuera son règlement de compte, mais Besson imagine définitivement son film pour une nouvelle génération de spectateurs pour qui il ouvre des voies inespérées (Kassovitz lui dédiera son César de La Haine et ce n’est pas pour rien). Son quatrième film sera donc un polar, un film d’action, largement inspiré dans les grandes lignes et pour sa violence sèche par le modèle américain, mais sans que jamais il en singe les tics.
    La grille du genre est appliquée à son propre univers, visuel et thématique, sans jamais démériter techniquement. Encore une fois alors qu’aujourd’hui sa mise en scène brouillonne se perd souvent dans un montage pataud et illisible, il faut impérativement revoir les superbes mouvements de caméra qu’il imposait sans cesse à l’écran (rien que le très célèbre plan d’ouverture), la confection précise des cadres et la finesse d’un montage qui fait passer les années d’éclipse avec grâce ou électrise un gunfight percutant. Nikita a définitivement de la gueule et une efficacité indéniable qui donnera au passage pas mal d’idées aux collègues que ce soit à Hong-Kong (les rip-off Black Cat 1&2) ou aux USA avec Nom de code : Nina signé John Badham et même deux séries tv à succès en 1997 et 2010.  Mais c’est aussi un film qui a une âme, celle du personnage principal incarné à fleur de peaux par une Anne Parillaud possédée (c’est sans doute le rôle de sa vie), première vraie figure de la « femme enfant » du cinéma de Besson, encore portée par une rage, une fougue et une humanité fragile qui manquera tant aux suivantes. De délinquante punk hurlant « encuuuulés » à tout ce qui passe à tueuse professionnelle instrumentalisée par un État français affichant à l’écran le sourire toujours ambigu de l’excellent Tchéky Karyo, Nikita est un moteur dramatique imparable, vibrant, qui embarque par ses charmes le sympathique amant joué par Jean-Hugues Anglade, séduit sa tutrice Jeanne Moreau (magnifique dans sa vieillesse) et résiste même à la machine de mort, aussi conne qu’absurdement drôle, Victor, nettoyeur-machine annonçant le futur Léon avec encore Jean Reno.
    Tous les défauts du cinéma de Besson sont là, les dialogues parfois un peu niais, les personnages frôlant le stéréotype, les effets « m’as-tu-vu », mais tout fonctionne parfaitement par sa propre logique. A l’instar d’ailleurs de la bande originale électronique d’Eric Serra alors encore totalement dans l’esprit de l’époque et parfaitement en adéquation avec le tempo de l’image. On préférera encore et toujours le Luc Besson naïf et adulescent au vieux mogul renfermé et cynique.

    Atlantis
    Réalisé par Luc Besson
    Documentaire
    1h20
    1991
    France
    Une vue imprenable sur les espèces sous-marines : requins, dauphins, lamantins, pieuvres. Une exploration des fonds marins des Bahamas, du Galapagos, de Vancouver ou de Tahiti.
    Sorti en grande pompe durant l’été 1991, Atlantis a souvent été présenté comme un prolongement du Grand bleu (1987) qui a marqué une génération entière. Grave erreur de promotion lorsque l’on sait que le but de Besson était de réaliser en réalité une sorte de ballet aquatique, réservé aux amoureux de la mer et de la nature. S’ensuivit une relative contre-performance au box-office qui a plongé le film dans un terrible purgatoire, faisant aujourd’hui de lui le long-métrage le moins connu de son réalisateur. Le public d’alors, peu habitué à voir des films animaliers dépourvus de commentaires, a été surpris et profondément ennuyé par ce qui peut apparaître comme un pur plaisir pour Luc Besson, sincère amoureux de la nature (rappelons qu’il a produit Home de Yann Arthus-Bertrand, mais aussi distribué The Cove et que sa saga enfantine Arthur contient de nombreux messages écologiques). En cela, Atlantis peut être vu comme un hommage aux œuvres animalières de Frédéric Rossif où la musique de Vangelis enrobait des images de toute beauté, ou bien apparaître comme le précurseur des productions de Jacques Perrin (Le peuple migrateur pour n’en citer qu’un).
    Si le début d’Atlantis accuse un léger manque de rythme qui fait craindre l’ennui, à cause notamment du ballet des dauphins un peu trop long, le cinéaste parvient sans peine à redresser la barre grâce à quelques séquences miraculeuses. Ainsi, Besson trouve un véritable état de grâce lors du passage avec la raie manta, sur fond d’air d’opéra de Bellini chanté par Maria Callas. Il capte alors totalement nos sens et les séquences suivantes ne font que confirmer l’heureuse interaction entre les images et la superbe musique d’Éric Serra. A noter que la partition de ce dernier mérite amplement une redécouverte attentive.
    Débarrassé de toute forme de scénario, ce long-métrage expérimental n’a donc d’autre but que d’ensorceler le spectateur amoureux de la nature en le plongeant dans un milieu où l’apesanteur semble abolie. Malgré quelques chutes de rythme, Atlantis est une audacieuse proposition de cinéma qu’il serait dommage de snober.


    Léon (The Professional)
    Réalisé par Luc Besson
    Avec Jean Reno, Natalie Portman, Gary Oldman
    Action
    1h43
    1994
    France
    Un tueur à gages répondant au nom de Léon prend sous son aile Mathilda, une petite fille de douze ans, seule rescapée du massacre de sa famille. Bientôt, Léon va faire de Mathilda une "nettoyeuse", comme lui. Et Mathilda pourra venger son petit frère...
    Et si « Léon » était le meilleur film de Luc Besson ? S’il est impossible de répondre à cette question, force est de constater que le film cumule de nombreux atouts qui lui confèrent une place particulière pour les fans du réalisateur. Première aventure américaine du cinéaste après l’échec d’« Atlantis » (1991), le film reste dans la lignée de « Nikita », que ce soit par le traitement de la violence sans compromis que par le scénario : une jeune fille apprend à devenir tueuse. D’ailleurs, l’un des personnages de « Nikita » est un « nettoyeur », ressemble trait pour trait à Léon et est joué par… Jean Reno. Pour la manière de filmer, on retrouve la « patte » de Luc Besson et surtout son inspiration BD.
     New York, en tout cas, inspire Luc Besson. Il y a beaucoup de plans d’intérieurs tristes. Les chambres où vit Léon sont sans âme, un peu comme celle de Jeff dans « Le Samouraï » de Jean-Pierre Melville. Avant de connaître Mathilda, sa vie est faite d’habitudes : le sport, le soin de la plante verte, tout pour calmer des angoisses existentielles. Si le cinéaste avait d’abord pensé à Robert De Niro pour interpréter Léon, il faut le reconnaître, Jean Reno est très convaincant. Entre lui et Luc Besson, il y a des années de complicité et on sent que tout s’enchaîne sans aucun problème. Autre grand acteur, Gary Oldman qui interprète Stansfield, le policier corrompu et camé. A noter que l’acteur a été révélé dans « Sid et Nancy », le biopic d’Alex Cox consacré à Sid Vicious, leader des Sex Pistols. Par ailleurs, les plans d’escalier dans l’immeuble où la famille a été massacrée ont été tourné au mythique Chelsea Hotel, là où Sid Vicious a (peut-être) assassiné sa compagne. C’est dire si ce flic sous amphets a un sacré côté punk sombre et déjanté.
     Enfin, « Léon » est sans aucun doute le film le plus sulfureux de Luc Besson, parce qu’il parle d’un sujet très sensible, et ce n’est ni la drogue ni la violence. Il a donc connu plusieurs versions. La première, sortie aux Etats-Unis, contient ainsi de nombreuses apories suite aux coupes exigées par les parents de Natalie Portman… et la cigarette n’est pas la seule responsable de cette censure. Quant à la version director’s cut, elle est beaucoup plus ambiguë sur la relation entre Mathilda et Léon. Et si on vous dit que Luc Besson vivait alors avec Maïwenn, qui apparaît au début du film, et qu’ils se sont rencontrés quand elle était (très) jeune, on se rend compte que Luc Besson nous a sans doute raconté une histoire d’amour assez personnelle.


    Le Cinquième Élément
     (The Fifth Element)
    Réalisé par Luc Besson
    Avec Mila Jovovich, Bruce Willis, Gary Oldman, Chris Tucker
    Science-fiction
    2h06
    1997
    France
    Au XXIII siècle, dans un univers étrange et coloré, où tout espoir de survie est impossible sans la découverte du cinquième élément, un héros affronte le mal pour sauver l'humanité.
    Incroyable mais vrai, Luc Besson a eu l’idée du scénario de son film lorsqu’il était encore au lycée. Alors âgé de 16 ans, le réalisateur a écrit pas moins de 16 versions du Cinquième Élément. Passionné par la science-fiction et très exigeant, Luc Besson mettra des années à terminer la version finale.
    Ce film a marqué le cinéma français des années 90 dans le registre de la science-fiction. Encore aujourd'hui, le film de Luc Besson fait partie du top 5 des plus gros succès français sur le territoire américain de toute l'histoire du cinéma! Récompensé dans de nombreux pays (dont en 1998 avec le César du meilleur réalisateur, le César des meilleurs décors et le César de la plus belle photographie, mais également le BAFTA des meilleurs effets spéciaux), "le cinquième élément" demeure un grand film de science-fiction pour lequel Luc Besson s'est battu afin qu'il garde la nationalité française, malgré qu'il ait été tourné au Royaume Uni et que la plupart des acteurs et actrices composant le casting soient américains…
    Dans « Le cinquième élément », on retrouve le goût de la verticalité du dessinateur, une composition des planches qui arrivera à l'écran parfois presque intacte. C'est vrai des immeubles pharaoniques qui composent la mégalopole, mais aussi de certains intérieurs, qui en conserveront le mélange de luxe baroque, marié à des structures plus industrielles. Jusque dans l'agencement des couleurs, Le Cinquième Element trouve régulièrement une plaisante source d'inspiration. Et au-delà de la filiation directe avec une oeuvre très populaire en Europe, ces passerelles qui se dessinent déjà entre l'univers de Besson et celui de Valerian permettront à ce projet fou de réussir un premier tour de force. Celui de se forger une identité singulière. De nombreuses images de cet univers s'étant inscrites dans l'inconscient collectif, la chose peut paraître entendue. Mais à bien y regarder, engendrer un monde de SF qui ne soit pas d'inspiration strictement américaine n'avait rien d'une sinécure, tant les possibles sources d'inspiration, malgré leur abondance, pointent toujours vers nos cousins d'outre-Atlantique.
    Mais, en s'arrimant aux créations de Mézières, le cinéaste parvient à sortir d'un jeu de références trop étriquées. Il n'hésite d'ailleurs pas à s'inspirer à la source d'un cinéma plutôt européen, ou que ce dernier a directement inspiré. Lorsque Leeloo déambule le long des corniches, on pense instantanément aux Ailes du Désir, mais sitôt l'habitacle d'une voiture volante en vue, c'est le souvenir de Blade Runner qui ressurgit.
    Et quand nos yeux s'écarquillent devant les imposantes silhouettes extra-terrestres de l'ouverture, impossible de ne pas penser aux planches de Druillet ou aux grandes heures de Métal Hurlant. Autant de références qu'il arrange et recompose, pas toujours avec finesse, mais en parvenant à créer un univers instantanément reconnaissable.
    Le Cinquième Elément est loin d'être parfait, tant il enchaîne les scènes parfois absurdes, écrivant ses protagonistes avec une forme de je-m'en-foutisme caractéristique. Mais pour le coup, quoi qu'on pense du filmage du metteur en scène, c'est incontestablement avec ce film qu'il parvient à combiner toutes ses ambitions, jusque dans leurs contradictions. Les costumes pop et ultra-colorés de Jean-Paul Gaultier ne jurent curieusement pas avec le gigantesque des décors, mieux, ils correspondent souvent bien à leur charte graphique.
    Mais si le réalisateur réussit à faire de cet imbroglio un tout cohérent, c'est avant tout grâce à sa mise en scène. Souvent caricaturé comme un vil clipeur, Luc Besson s'inquiète encore à l'époque de démultiplier l'impact de chaque image, au risque de sursaturer le récit de vignettes furibardes. Et le résultat a beau être sacrément bordélique, on peut difficilement nier le plaisir procuré par ses scènes, autant que leur dimension profondément inhabituelle dans le paysage cinématographique français.

    Jeanne d'Arc
     (The Messenger: The Story of Joan of Arc)
    Réalisé par Luc Besson
    Avec Milla Jovovich, John Malkovich, Faye Dunaway, Vincent Cassel, Dustion Hoffman
    Drame, Historique
    2h40
    1999
    France
    L'épopée de Jeanne qui assista, petite fille, au pillage de son village Domremy par l'armée anglaise. On la suit de sa jeunesse pieuse où des voix l'engagent à délivrer la France de la domination anglaise à sa victoire à Orleans, jusqu'à son procès final et sa mort sur le bûcher, le 30 mai 1431. Elle avait dix-neuf ans.
    De quelle manière le plus américain des cinéastes français peut-il réaliser un film à dimension internationale sur l’une des figures les plus emblématiques de l’Histoire de France ? En faisant des compromis… Besson a conçu son film de façon à respecter de nombreux impératifs financiers. Destiné notamment aux américains (dont la plupart ne savent probablement pas qui est Jeanne d’Arc), le film a dû être américanisé. La scène du viol de la sœur de Jeanne, tant débattue lors de la sortie du film en 1999 car contraire à toute vérité historique, en est la preuve la plus évidente (en omettant bien sûr que le film est en langue anglaise, clé de voûte d’un hypothétique succès international). Il était en effet nécessaire de donner à la colère de Jeanne une origine concrète, visible, et d’aborder l’aspect religieux dans un second temps. Certaines scènes sont très américaines, notamment par l’utilisation de « jokes », qui passent malheureusement assez mal si l’on n’est pas américain (on pensera à la scène où un soldat français grave « hello » sur un boulet propulsé sur une position anglaise…). A l’inverse, la présence de nombreux acteurs français au casting, et non des moindres (Vincent Cassel, Pascal Greggory, Tcheky Karyo), destinée à dire que le film est malgré tout français, l’américanise encore plus, tant le jeu de ces acteurs est, encore une fois, américain. Mais Besson sait faire du cinéma. Il est parvenu à faire un compromis entre ses impératifs financiers et son désir de faire un film de qualité. Tout d’abord, il y a Milla Jovovich qui parvient à créer un personnage ambigu et très complexe, en oscillant entre des instants de grâce qui conduisent le spectateur à croire à son origine divine, et des instants de pure folie, mais sans les surjouer. Elle porte à l’écran les questions que l’on se pose sur Jeanne d’ Arc : Qui était-elle vraiment ? A-t-elle réellement eu de telles révélations ? Était-elle simplement folle ? Quelles sont les raisons qui ont poussé le Roi à lui faire confiance et, par la suite, à l’abandonner ? Ensuite, il y a les scènes avec Dustin Hoffman, grandioses, presque divines. La prise de conscience de Jeanne, sa remise en question, sont guidées par les questions de Dustin Hoffman, auxquelles se superposent un montage original et léger, et la musique des Carmina Burana, certes emphatique et classique, mais diablement efficace. Enfin, il y a la manière dont Besson regarde les femmes, ou plutôt la femme. Jeanne, c'est Leeloo. Elle est le cinquième élément indispensable à la survie de l'Humanité, elle est la réponse, elle est l'avenir de l'Homme. 
    Dreyer avait filmé la sainte, Preminger l'héroïne, Bresson la résistante, Rivette la jeune femme. Besson, suivant un fil conducteur dont on sait depuis Diderot qu'il relève de la morale, a filmé la comédienne et son paradoxe.


    Angel-A
    Réalisé par Luc Besson
    Avec  Jamel Debbouze, Rie Rasmussen, Gilbert Melki
    Comédie, Romance
    1h30
    2005
    France
    Un escroc au bout du rouleau est sauvé du suicide par une mystérieuse femme blonde, qui entreprend de le rééduquer et d'en faire un honnête homme.
    Le retour tant attendu du Spielberg gaulois à la réalisation après six ans d'absence et une grosse poignée de daubes produites sonne le
    glas. Car son neuvième long métrage suffit à donner raisons à ses détracteurs : son cinéma sonne creux ! On en vient même à se demander si on aime toujours autant ses films précédents qui nous avaient tant marqués étant plus jeunes… 
    Qu’est-ce qui nous plaisait tant finalement ? Sans doute rien de plus que des personnages relativement mystérieux et/ou attachants (souvent des duos: Mathilda/Léon, Jacques/Enzo…) et des atmosphères simples mais particulièrement indescriptibles. Le problème dans "Angel-A", c’est que les personnages n’ont pas la profondeur des meilleurs héros bessoniens et l’atmosphère est d’une platitude ennuyeuse, le remplacement de ce cher Eric Serra par une certaine Anja Garbarek à la musique n’arrangeant décidément pas les choses.
    De plan en plan, Besson filme un Paris cliché – oh! les belles églises et les jolis ponts – quelque part entre la carte postale Michelin et du Doisneau moche, où sa mise en scène naguère inventive est ici réduite au dispositif simpliste de la caméra posée devant les acteurs et filmant ce qui se passe. Affublés d'un lamentable scénario digne d'un court métrage amateur DV, les acteurs gesticulent comme des pantins ridicules, tentant de faire vivre ces pauvres personnages creux. Si Jamel s'en sort à peu près correctement, Rie Rasmussen, nouvelle protégée de Besson, démontre son incapacité à faire vivre la moindre ligne de dialogue mâchée par son débit verbal catastrophique. Prévisible à trois kilomètres – toute l'intrigue pouvant être grillée dès la bande-annonce – l'histoire se perd en longues scènes dialoguées d'une lourdeur impossible. Bref, s'il est dommage de hurler avec la meute des critiques, on pourra penser que tout compte fait Luc Besson n'a que ce qu'il mérite.

    Arthur et les Minimoys (Arthur and the Minimoys)
    Réalisé par Luc Besson
    Avec Freddie Highmore, Mia Farrow, Mylène Farmer
    Aventure, Animation
    1h34
    2006
    France
    Arthur vit paisiblement avec sa grand-mère dans une maison perdue en pleine nature. Mais un jour, un promoteur immobilier les menace d'expulsion s'ils n'ont pas remboursé leurs dettes. Au péril de sa vie, Arthur décide de passer dans le monde des Minimoys pour trouver un trésor légendaire...
    Arthur et les Minimoys est le premier volet d'une trilogie cinématographique. Il était à l'époque de sa sortie le film ayant le plus gros budget en France. Il sort en avant-première mondiale en France le 29 novembre 2006, puis officiellement en salle le 13 décembre 2006 dans toute la francophonie, y compris au Québec.  Pour sa première incursion dans le domaine de l’animation 3D, Luc Besson a choisi de porter à l’écran les aventures de son Arthur lilliputien vendues à plusieurs millions d’exemplaires, aussi bien en France qu’aux quatre coins du globe (traduites dans 34 langues différentes), et plus particulièrement les deux premiers tomes de la saga. Nul besoin pour autant d’avoir lu la moindre ligne des livres en question pour apprécier à sa juste valeur ce mariage plutôt réussi de prises de vues réelles et d’animation 3D (et ses multiples transitions très inspirées de l’un à l’autre des deux mondes), cette seconde partie étant la plus attrayante des deux, la première n’étant qu’une mise en place des personnages et de la trame narrative : des parents absents auxquels se substitue une grand-mère aimante et attentionnée, un grand-père porté disparu, un promoteur immobilier sans scrupules et un petit garçon espiègle et aventureux. Soit un scénario qui, à l’image des autres longs-métrages écrits par Sieur Besson, tient sur une feuille de papier à cigarette mais qui, dans le cas présent, n’a rien de rédhibitoire puisque la véritable magie n’opère qu’une fois Arthur parvenu aux pays des Minimoys, non sans une petite séance de « Chérie, j’ai rétréci les gosses » préliminaire.
    « En matière de film 100% 3D, Pixar est au top et Dreamworks juste derrière. Plutôt que d’aller sur leur terrain, je trouvais plus intéressant de proposer quelque chose de nouveau, qui n’ait jamais été fait ». On reconnaîtra dans ces déclarations de Luc Besson le mérite de la franchise, et si le résultat n’est certes pas à la hauteur des deux studios susnommés, il faut néanmoins reconnaître que l’émerveillement opère à la découverte de cet univers 3D, mélange de personnages à base de motion capture évoluant au sein de décors tirés de vraies maquettes. Le travail abattu par le studio français BUF force le respect mais c’est avant tout dans le rythme trépidant, drôle et sans temps morts des péripéties traversées par l’expédition emmenée par Arthur que le film puise son intérêt. Si le summum est atteint lors d’une scène de disco à mourir de rire, c’est le personnage de Bétamèche qui assure le quota de drôleries d’un bout à l’autre. Tandis que l’intrépide Séléna et l’histoire d’amour naissante de cette dernière avec Arthur plairont, à n’en pas douter, aux petites demoiselles en couettes.


    Arthur et la Vengeance de Maltazard
     (Arthur and the Revenge of Maltazard)
    Réalisé par Luc Besson
    Avec Freddie Highmore, Selena Gomez, Penny Balfour
    Aventure, Animation
    1h34
    2009
    France
    En vacances chez ses grands-parents, Arthur reçoit un message gravé sur un grain de riz. C'est un appel à l'aide envoyé par les Minimoys. Pas de doute, Sélenia, princesse miniature et élue de son cœur, est en danger ! Arthur n'a alors plus qu'une seule idée en tête : voler à son secours. Mais si c'était un piège, tendu par l'infâme Maltazard, bien décidé à prendre sa revanche ?
    En 2000, Luc Besson, cinéaste adulé du public mais détesté des critiques, fonde sa propre société, EuropaCorp. qui produit les champions du BO que sont entre autres saga les Taxi, Transporteur ou encore les B13.  Deux ans plus tard le cinéaste décide se lancer dans la littérature avec Arthur et les Minimoys qui sera suivi de trois autres tomes à raison d'un par an. En 2006, fort du succès de cette saga littéraire et puisque, comme le dit le dicton, « On n'est jamais mieux servi que par soi-même », Luc Besson adapte lui-même les aventures de son Tom Pouce dans un mélange de prises de vue réelles et d'animation 3D. Le résultat donne lieu à un divertissement aussi divertissant qu'agréable qui enchantera pas moins de 6,4 millions de spectateurs en France (auxquels s'ajoute un peu plus de 100 millions de dollars de recettes mondiales).
    2009 : Luc Besson est sur tous les fronts et se pose en véritable locomotive du cinéma français à l'international. Ses projets se comptent à la pelle, il enchaîne les triomphes populaires (Taken fait un carton aux États-Unis) et, cerise au sommet du gâteau, le bonhomme est à l'origine d'un gigantesque complexe cinématographique qui vient d'être officialisé en banlieue nord de Paris. Mais à trop vouloir s'occuper à la fois du four et du moulin, celui que l'on surnomme désormais officieusement le « George Lucas français » semble bien avoir perdu sa magic touch d'origine. Car s'il y a bien un gros hic dans la carrière de Luc Besson cinéaste, c'est bien cette Vengeance qui n'a de Maltazard que le nom. 
    En effet, le cinéaste semble avoir complètement oublié une chose : nous plonger à nouveau dans une fable enchanteresse. Arthur 2 n'est ni plus ni moins que 90 minutes de vide narratif, ponctué de saynètes dont la vocation comique / dépaysante ne parvient jamais ou presque à nous faire revivre la féérie du premier volet. Entre remake lourdingue des Insectes sont nos amis et relecture de séquences de Star Wars (la course-poursuite avec les rats, le marché populaire…), Arthur 2 tente péniblement de rallier son point d'arrivée : la vengeance ourdie par Maltazard qui débarque (enfin) 10 minutes avant le pétard mouillé « À suivre… ». Et oui, La Veangeance de Maltazard n'est autre qu'un gigantesque pont de lianes branlantes qui relie Les Minimoys à La guerre des deux mondes.

    Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec
    Réalisé par Luc Besson
    Avec Louise Bourgoin, Mathieu amalric, Gilles Lellouche
    Comédie, Fantastique
    1h
    2010
    France
    L’éclosion d’un oeuf de 135 millions d’années au Muséum d’histoire naturelle, une nuit de novembre 1912, met Paris en émoi. Tandis que les forces de l’ordre tentent de neutraliser l’effrayant ptérodactyle, l’intrépide journaliste Adèle Blanc- Sec, de retour d’Égypte, débarque en gare du Nord...
    « Improbable ». C'est certainement là le premier mot qui vient à la bouche lorsque l'on lit une BD de Tardi. Et c'est aussi un adjectif qui décrit à merveille l'univers du dernier film de Luc Besson. Décors des années folles savamment travaillé, comme dans la bande dessinée, personnages secondaires datés (voir les merveilles que fait ici Gilles Lellouche, en inspecteur bedonnant) et rencontres incongrues (le professeur cinglé, le ptérodactyle, les momies qui reprennent vie...), tout ici se marie en un charmant mélange, que l'on retrouve bel et bien dans les 8 tomes qui constituent la série « Adèle Blanc-Sec ».
    La maîtrise du cadre de Besson, le travail sur la photo, l'amplitude des mouvements de caméra concordent tout à fait à l'esprit de la bande dessinée, offrant des vues de Paris imprenables, et distillant une atmosphère mystérieuse. Mais l'atout majeur d'Adèle Blanc-Sec réside dans l'humour un rien pince sans rire basé sur la rigidité de son héroïne, totalement insensible et du coup intrépide, face à un monde dans lequel le fantastique fait irruption, au travers de phénomènes ou créatures du passé.

    Arthur 3 : La Guerre des deux mondes
     (Arthur 3: The War of the Two Worlds)

    Réalisé par Luc Besson
    Avec Freddie Highmore, Mylène Farmer, Selena Gomez
    Aventure, Animation
    1h40
    2010
    France

    Le film débute alors que Maltazard a réussi à se hisser dans le monde des hommes. Il veut former une armée de séides géants pour imposer son règne. Seul Arthur semble en mesure de le contrer. Mais il est toujours bloqué dans le monde des Minimoys et ne peut reprendre sa taille habituelle. Il peut cependant compter sur l'aide de Sélénia et Bétamèche, mais aussi sur le surprenant soutien de Darkos, le propre fils de Maltazard, qui semble vouloir changer de camp.
    Avec ce troisième volet, Besson semble en effet avoir retrouvé un petit peu de l'allant qui faisait du premier opus quelque chose de tout à fait honnête eut égard aux canons par ailleurs dans le genre. On a ici du rythme, une histoire qui tient un tantinet la route, un mélange prises de vues réelles et personnages numériques assez probants… bref de quoi tenir en éveil la marmaille du 21ème siècle toujours plus avide de nouvelles sensations fortes.

    The Lady

    Réalisé par Luc Besson
    Avec Michelle Yeoh, David Thewlis, Benedict Wong
    Biopic, Drame
    2h07
    2011
    Royaume-Uni, France

    "The Lady" est une histoire d’amour hors du commun, celle d’un homme, Michael Aris, et surtout d’une femme d’exception, Aung San Suu Kyi, qui sacrifiera son bonheur personnel pour celui de son peuple. Rien pourtant ne fera vaciller l’amour infini qui lie ces deux êtres, pas même la séparation, l’absence, l’isolement et l’inhumanité d’une junte politique toujours en place en Birmanie. "The Lady" est aussi l’histoire d’une femme devenue l’un des symboles contemporains de la lutte pour la démocratie.
    Luc Besson rebondit, après Adèle Blanc-Sec et ses Arthur et les Minomoys, dans un registre où l’on ne l’attendait pas, le drame historique. Et on pouvait craindre le pire quand on se souvient de la manière dont l’auteur de Nikita avait traité une autre figure féminine ayant marqué l’Histoire avec son Jeanne d’Arc. La surprise n’en est que plus agréable de retrouver un cinéaste nettement plus appliqué que par le passé et parfaitement conscient du devoir de mémoire dont il est le garant artistique à défaut d’en être l’instigateur (c’est Michelle Yeoh qui a amené le projet au réalisateur). Conscient de la tâche à accomplir, Luc Besson s’efface devant l’incroyable histoire d’amour entre Suu Kyi et son mari, une tragédie dans la droite lignée des plus belles du répertoire classique. Alors qu’on s’attendait avant tout à un récit axé sur l’incroyable destin de Suu Kyi et notamment sa lutte face à la dictature de son pays, Besson prend le parti émotionnel de mettre l’accent sur l’intime et la relation qui unit le couple. En résulte un récit plus d’une fois poignant notamment grâce à la performance habitée de Michelle Yeoh et peut être plus encore de  David Thewlis, bouleversant en mari dévoué à sa femme, leader d’un pays qui a tant besoin d’elle. Avec un tel parti-pris, The Lady n’arrive pas à être totalement convaincant sur tous les tableaux. Mais s’il échoue à échapper dans sa partie plus historique à son côté joli livre d’images appliqué, il n’en demeure pas moins que Besson a réussi son pari de cinéaste, celui d’émouvoir son auditoire.

    Malavita
     (The Family)

    Réalisé par Luc Besson
    Avec Robert De Niro, Michelle Pfeiffer, Tommy Lee Jones, Dianna Agron, John D'Leo
    Comédie noire, Action
    1h51
    2013
    France

    Fred Blake alias Giovanni Manzoni, repenti de la mafia new-yorkaise sous protection du FBI, s’installe avec sa famille dans un petit village de Normandie. Malgré d’incontestables efforts d’intégration, les bonnes vieilles habitudes vont vite reprendre le dessus quand il s’agira de régler les petits soucis du quotidien…
    Il y a encore quelques années, une génération s’impatientait de voir Besson piétiner joyeusement le serment qu’il s’était fait lui-même de ne réaliser pas plus de dix films. Et pourtant, les projets venus rompre cette promesse initiale ont donné un goût amer à ce revirement : films formellement pauvres, encombrés de messages balourds et pompeux, et de personnages accablés du poids de leurs stéréotypes. Malavita s’annonçait comme l’espoir pour le cinéaste-producteur-entrepreneur de renouer avec un amusement plus primitif et dynamique, à la base même de son cinéma, et de lâcher prise au cœur d’un système pourtant devenu massif en termes d’outils de production. Adapté d’un roman de Tonino Benacquista, Malavita suit les aventures d’une famille mafieuse en planque dans un petit village de la campagne normande.
    Le casting de monstrueuses têtes d’affiche, la volonté de faire un film « d’époque » (années 90) et d’assumer une violence bête et adolescente marquent clairement le plaisir retrouvé du réalisateur à diriger un film efficace, sur-rythmé, servi par des comédiens en pleine récréation et sous-tendu par une morale régressive. Le récit s’autorise des séquences entières d’outrance, et un aller-retour constant entre une forme – toute relative – de gravité et un humour potache et décalé, qui donne à Malavita sa caution de divertissement peu familial aux accents de vaudeville. Ultra-référencé, avec un scénario en forme de fanzine de cinéphile, le film ne s’épargne jamais le plaisir de mettre en scène De Niro dans une resucée comique assumée de ses rôles culte – jusqu’à le mettre curieusement face à lui-même dans son personnages des Affranchis… À un point tel que le seul casting (Robert De Niro, Michelle Pfeiffer, Tommy Lee Jones) prend des allures de fantasme cinéphilique et d’hommage aveuglé au cinéma américain. On ne peut que se réjouir que Besson retrouve un enthousiasme certain qui manquait à ses dernières réalisations, et de manière plus générale aux productions récentes d’EuropaCorp. La couche de sérieux feint qui plombait de grosses productions sans âme est ici éreintée par le pouvoir d’attraction des deux acteurs principaux, et la conscience de fournir un produit essentiellement divertissant. Cette stratégie a d’ailleurs ses limites – aussitôt vu, aussitôt oublié, le film s’efface aussi vite qu’il est apparu, noyé dans l’ombre trop imposante de ses références et dans sa franchouillardise postiche. On ne peut s’empêcher de penser en le regardant que s’est évanoui le temps béni où Besson alliait recherche de l’efficacité cinématographique, plaisir personnel et talent de réalisateur, sans s’interdire ni écarts de ton, ni échappées de violence. Malavita reste au fond bien peu subversif, et les personnages qu’il met en scène ne parviendront sans doute jamais au statut culte qu’ont pu atteindre Léon ou Korben Dallas. C’est un jalon supplémentaire dans une carrière paradoxale, mais qui du moins a évité de sombrer dans le vide.


    Lucy

    Réalisé par Luc Besson
    Avec Scarlett Johansson, Morgan Freeman
    Action, Science-fiction
    1h29
    2014
    France

    A la suite de circonstances indépendantes de sa volonté, une jeune étudiante voit ses capacités intellectuelles se développer à l’infini. Elle « colonise » son cerveau, et acquiert des pouvoirs illimités.
    Dès le départ, Lucy a au moins le mérite, de se bâtir sur un postulat de science-fiction frais et exaltant. Et si l’homme, enfin la femme puisque c’est la bombe Scarlett Johansson qui joue aux super-héroïnes de S.F., pouvait utiliser 100% de ses capacités mentales et cognitives, qu’en ferait-elle vraiment ? Et jusqu’où pourrait-elle aller dans un monde où l’humain est limité ? Le film se déroule en 2 temps, la première partie pose sa toile en Asie, à Hong Kong plus précisément, pour capter l’attention des masses chinoises qui ont fait de Transformers 4 un triomphe (bref, un poncif géographique dont on aurait pu se passer). Lucy, touriste de club qui aime la fête et l’électro se retrouve embarquer dans un cauchemar de sang et de cachetons difficiles à gober. L’autre se déroule en France, pour développer un peu plus le tourisme local, notamment asiatique. Lucy, ex-touriste devenue captive de trafiquants de drogue, a réussi à se défaire de ses bourreaux et, dopée aux amphétamines qu’elle véhiculait secrètement dans le corps, essaie de donner un sens à ses nouvelles facultés mentales et sensorielles, puis à la vie sur Terre. Rien que cela…
    Libéré de la honte d’un script qui échappe à toutes les difficultés d’écriture grâce aux pouvoirs insensés de son héroïne éponyme (capable de remonter le temps jusqu’aux dinosaures de notre pote Terrence Malick, celui de Tree of life), Besson s’amuse comme un môme, déployant un talent de casseur reconnu lors de scènes de courses poursuites impressionnantes dans la capitale française, et surtout pousse le bouchon du thriller 3.0, entièrement connecté et tactile sans y toucher, à son paroxysme, en le rattachant à un trip philosophique qui vire au grand n’importe quoi. Loin de toute religion rébarbative et d’ésotérisme “new-age”, Besson envisage les origines du monde et confronte notre “Lucy Johansson” internationale, aux mythes de la préhistorique Lucy, bipède de 3 millions d’années, découverte en Ethiopie dans les années 70, à la Lucy in the sky with Diamonds des Beatles sous acide. Finalement, le divertissement d’anticipation, sorte de jumeau récréatif du Her de Spike Jonze, où Johansson incarnait déjà un O.S. métaphysique doué d’ubiquité, est surtout un audacieux blockbuster qui, à l’instar du boulot accompli sur Le Cinquième élément, confirme que Besson, avant d’être un paroissien de la formule qui fâche, est surtout un auteur sacrément barré. Alléluia.
    Avec 469M$ dans le monde, Lucy est le plus gros succès de Luc Besson dans le monde. Cette production hexagonale de plus de 49M$ a engrangé plus de 43M$ lors de son week-end d’investiture aux USA pour finir sa carrière estivale à 126M$. La Chine en fera un beau succès à 44 780 000$, juste devant la France qui, avec plus de 5M d’entrées génère 43 771 714$. Dans le reste du monde, Scarlett Johansson assure ses arrières : l’Australie à 24M$; un Royaume-Uni à 23M$, la Russie à 21.6M$, une Allemagne à 16M$, la Corée du Sud à 15M$, une Espagne à 13M, l’Italie à 9M$… On peut dans ce contexte être déçu des 9.M$ du Japon qui aurait pu davantage se laisser aller face à ce script de science-fiction. En France, Lucy est le 4e plus gros succès du chantre d’EuropaCorp, avec 5 199 290 entrées. La super production se classe derrière le phénomène du Grand Bleu (9 196 550, 1988), celui du 5e élément (7 705 756, 1997), et d’Arthur et les Minimoys (6 399 949, 2006). Malheureusement, tous les bénéfices de Lucy seront engloutis dans le bide intergalactique de Valérian et la Cité des 1000 Planètes dont le budget de 197M$ accouchera de 4 millions d’entrées en France et de recettes mondiales de 225M$


    Valérian et la Cité des mille planètes
     (Valerian and the City of a Thousand Planets)

    Réalisé par Luc Besson
    Avec Jean Reno,
    Action, Aventure
    2h17
    2017

    France, Chine, Belgique, Allemagne, Émirats arabes unis, États-Unis, Canada
    Au 28ème siècle, Valérian et Laureline forment une équipe d’agents spatio-temporels chargés de maintenir l’ordre dans les territoires humains. Mandaté par le Ministre de la Défense, le duo part en mission sur l’extraordinaire cité intergalactique Alpha – une métropole en constante expansion où des espèces venues de l’univers tout entier ont convergé au fil des siècles pour partager leurs connaissances, leur savoir-faire et leur culture. Un mystère se cache au cœur d’Alpha, une force obscure qui menace l’existence paisible de la Cité des Mille Planètes. Valérian et Laureline vont devoir engager une course contre la montre pour identifier la terrible menace et sauvegarder non seulement Alpha, mais l’avenir de l’univers.
    Plus gros budget de l’histoire du cinéma français (197 millions d’euros, soit plus de 230 millions de dollars), pensé pour se mesurer au cinéma hollywoodien sur son terrain de prédilection, à savoir la grosse machine estivale, Valerian et la Cité des mille planètes a finalement été un désastre entier, qui a mis à terre Besson et EuropaCorp. Après une séquence marketing assourdissante mais par essence schizophrène (de la difficulté de se positionner comme un trublion artisanal et un panzer-blockbuster), l’adaptation des BD de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières menée par Dane DeHaan et Cara Delevingne n’a pas vraiment été à la hauteur.
    Après Malavita et Lucy, on craignait que Luc Besson ait totalement renoncé aux ambitions visuelles et technologiques qui furent les siennes depuis le début de sa carrière. Et de ce côté-là, Valerian est indiscutablement une réussite. Le réalisateur, producteur et scénariste le plus en vue de France n’a pas lésiné sur les moyens et cela se sent à chaque instant. Le boulot accompli par les équipes d’ILM et WETA est de très bonne facture et n’a quasiment jamais à rougir devant le tout-venant du blockbuster américain. Loin de l’indigence technique de ses dernières réalisations, Besson retrouve ici son statut de fer-de-lance d’un cinéma hexagonal ambitieux, décidé à jouer pied à pied avec Hollywood. Et malgré quelques ratés (notamment les incrustations), le gigantesque bestiaire du film tient la dragée haute à une bonne partie de la production nord-américaine. Sans doute conscient que les super productions contemporaines se transforment en boursoufflures ultra-dialoguées, le metteur en scène entend imposer sa patte en la matière. C’est probablement la raison pour laquelle il mène son récit à un rythme infernal et prend le risque de ne jamais laisser souffler le spectateur, embarqué dans une aventure aux innombrables rebondissements. Ce tempo furieux est sans doute le plus grand atout du film, celui qui lui permet de se prémunir contre toute forme d’ennui, tout en soulignant l’extrême générosité du projet, qui s’évertue constamment de renouveler les situations pour divertir son public. Valerian a donc bien des défauts, mais jamais celui de jouer les prolongations, ou de laisser le spectateur dans une salle d’attente dialoguée entre deux scènes spectaculaires. Le métrage s’efforce à chaque instant de se réinventer, avec un souci du spectateur bien réel, qu’on aurait tort de balayer d’un revers de la main. Hélas, cette recherche d’efficacité, pour effective qu’elle soit, ne peut pas masquer très longtemps les faiblesses de l’ensemble, à commencer par un scénario et une caractérisation des personnages complètement à la ramasse. Entre un jeune dernier dont l’unique motivation demeure une gratification sexuelle hypothétique, un second rôle féminin pensé comme un trophée en combi moulante et une tripotée de stars transformées en vignettes Panini, difficile de s’attacher à qui que ce soit.
    Odieux ou transparents, les protagonistes ne sont pas aidés par leurs interprètes. Dane DeHann fait ce qu’il peut, mais semble toujours sur le point de (mal) terminer la digestion d’un burrito, quand Cara Delevingne échoue à transmettre quelque émotion que ce soit, malgré un jeu de sourcils à l’intensité dramatique inédite. La pauvre Rihanna nous rappelle que twerker n’est pas jouer, de la plus embarrassante des manières, et s’avère incapable de faire oublier le cynisme avec lequel son personnage est traité. Une condition qui illustre un autre problème fondamental de Valerian, à savoir son message. Le blockbuster se voudrait volontiers ouvert, tolérant, voire politique, en cela qu’il adresse clairement la situation des migrants et l’irresponsabilité coupable de l’Occident. Sauf qu’à force de ne représenter les extra-terrestres que sous forme de barbares torturables et sacrifiables à loisir, de prostituées ou de bons sauvages (in fine sauvés par l’homme blanc, qui daigne échanger leur salut contre la promesse d’un bon coït des familles), le métrage en vient à dire précisément le contraire de ce qu’il prétend défendre. Enfin, s’il y a bien un domaine où l’on attendait Valerian, c’était celui de la direction artistique, largement mise en avant durant la promotion du film. Fidèle à son habitude, le cinéaste va piocher dans quantité d’œuvres la plupart des concepts, looks et designs de chacune de ses séquences. Une démarche parfaitement respectable, mais qui manque cruellement de cohérence. Repiquer ici une scène de La Menace fantôme, après nous avoir précipités (de manière parfaitement gratuite et incompréhensible) dans un marché multidimensionnel à la Mos Eisley, avant d’enchaîner sur des œillades à Moebius ou Loisel, pour finir par un climax mollasson qui s’évertue à mettre son Avatar au fond de l’Abyss a quelque chose de joyeusement azimuté, mais aussi de terriblement discordant.
    Non seulement ce monde kaléidoscope – dont on ne ressent jamais l’étendue – n’est pas organique, mais il étouffe le matériau d’origine. Valerian et Laureline (éjectée du titre, parce que les femmes fortes c’est bien, mais en arrière-plan) est ainsi condensé dans une poignée d’hommages, le plus souvent tournés en ridicule. Entre le transmuteur chieur de perle, les irritants Doghan-Daguis ou une malheureuse méduse télépathique, surnage la désagréable impression que Besson agite ces quelques références pour les détourner plus que les incarner. En témoigne le ton ultraléger de l’ensemble, en contradiction totale avec la profonde mélancolie de l’œuvre originale.
    On pourrait décortiquer longuement les aberrations stylistiques de l’ensemble, mais ce serait remuer inutilement le couteau dans la plaie numérique. Ce qui fait de ce produit au demeurant rythmé et jamais ennuyeux, une épine dans le pied de l’amateur de SF, c’est qu’il renvoie le genre à l’époque pré-Star Wars, quand la science-fiction était perçue par une tripotée de producteurs opportunistes comme une sous-culture pour demeurés, qu’il convenait de gaver comme des oies trépanées.
    Il y a donc de l'ambition et de la générosité dans Valerian et la Cité des mille planètes, qui fait de l'œil à une certaine idée du divertissement old school. Mais l'intrigue est tellement simple, les héros tellement fades, et l'humour si peu inspiré, que l'aventure manque de folie et de magie.

    Anna

    Réalisé par Luc Besson
    Avec Sasha Luss, Helen Mirren, Luke Evans
    Action, Thriller
    1h59
    2019
    France

    Les Matriochka sont des poupées russes qui s’emboîtent les unes dans les autres. Chaque poupée en cache une autre. Anna est une jolie femme de 24 ans, mais qui est-elle vraiment et combien de femmes se cachent en elle ? Est-ce une simple vendeuse de poupées sur le marché de Moscou ? Un top model qui défile à Paris ? Une tueuse qui ensanglante Milan ? Un flic corrompu ? Un agent double ? Ou tout simplement une redoutable joueuse d’échecs ? Il faudra attendre la fin de la partie pour savoir qui est vraiment ANNA et qui est “échec et mat”.
    Luc Besson retourne aux recettes qui l'ont fait champion du box-office : action musclée et jolie héroïne invincible experte en arts martiaux. Inoffensif pour les neurones, cet « énorme » divertissement fait néanmoins preuve d’une incontestable savoir-faire dans le registre pétaradant.

    DogMan

    Réalisé par Luc Besson
    Avec Caleb Landry Jones, Jojo T. Gibbs, Christopher Denham
    Action, Drame, Thriller
    1h54
    2023
    France

    L’incroyable histoire d’un enfant, meurtri par la vie, qui trouvera son salut grâce à l’amour que lui portent ses chiens.
    Depuis le terrible échec financier de son Valérian et la Cité des mille planètes (2017), le cinéaste et producteur Luc Besson a connu plusieurs années difficiles qui ont vu vaciller son empire patiemment construit depuis plusieurs décennies.  Aussi l’on attendait DogMan (2023) avec à la fois une certaine impatience et une méfiance devenue légitime tant l’auteur nous a maintes fois déçus. Au moins, le postulat initial du film laissait espérer un retour à un univers à la fois sombre et parfaitement en accord avec le restant de sa filmographie. Ainsi, le réalisateur se penche ici sur le destin tragique, et même mélodramatique, d’un jeune garçon qui est régulièrement battu par son père et élevé dans une cage, au milieu de chiens de combat. Le tout serait inspiré d’un fait divers découvert dans la presse par le cinéaste, qui y a vu un sujet adéquat pour son prochain film. Dès le début de DogMan, on a plaisir à retrouver le sens visuel d’un cinéaste dont on aime l’univers. Certes, il ne fait preuve d’aucun sens de la nuance dans sa description des affres du jeune garçon, mais l’efficacité est assurément au rendez-vous. Seuls éléments véritablement positifs dans une œuvre qui sonde les bassesses humaines, les chiens sont omniprésents et permettent au spectateur – comme au personnage principal – de se rattacher à un environnement moins dur et sordide. Construit de manière classique en forme de flashbacks lors d’un interrogatoire mené par une psychologue, DogMan déploie une intrigue assez fantaisiste, mais dont le caractère poétique saisit assez rapidement, d’autant que le personnage principal est magnifiquement interprété par le talentueux Caleb Landry Jones.  Formidable aussi bien dans ses habits d’homme qu’en travesti, l’acteur se métamorphose totalement et donne tout à son metteur en scène. Il est pour beaucoup dans le plaisir ressenti durant la projection de ce film qui est surtout un mélodrame sur un paria. Accumulant les déboires, cet être brisé par la vie émeut par sa propension à aimer les animaux, tout en détestant les hommes. On retrouve d’ailleurs ici une thématique qui innerve l’intégralité de l’œuvre de Luc Besson, et ceci depuis Le grand bleu. Après tout, le personnage de Jacques Mayol n’était déjà pas en phase avec le monde des humains et terminait sa trajectoire au fin fond des océans, en compagnie des dauphins. Si le film étonne par sa propension à laisser l’action en retrait, l’ennui ne se fait jamais sentir, d’autant que le cinéaste sait ménager ses effets. Comme à son habitude, il clôt son œuvre par une séquence de fusillade impressionnante où le paria peut enfin prendre sa revanche sur des truands aux mines patibulaires. Dès lors, l’intervention de chiens malicieux – ce qui octroie au film un petit cachet familial qui n’est pourtant pas déplaisant du tout – sert d’exutoire à tout ce qui précède. On pourra toutefois regretter l’utilisation d’un final trop clairement christique, avec usage intensif d’une mystique chrétienne un peu lourde.
    Pour autant, DogMan n’en demeure pas moins un film tout à fait recommandable grâce aux images bariolées de Colin Wandersman. En ce qui concerne la musique d’Eric Serra, elle vient parfaitement souligner les plans de Luc Besson, mais il lui manque sans aucun doute un supplément d’âme (un thème marquant par exemple) pour en faire autre chose qu’une enveloppe un peu convenue.
    Présenté en compétition au Festival de Venise, DogMan ne convainc pas vraiment les critiques, ce qui n’étonne guère puisque le réalisateur a toujours été snobé par les professionnels. Il a ensuite été proposé en avant-première au Festival de Deauville et débarque dans les salles en septembre 2023. Le film déçoit les attentes dès sa première semaine avec seulement 139 989 chiots, ce qui représente à peu près la moitié des entrées cumulées lors de la première semaine d’Anna (2019) qui était pourtant considéré comme un gros échec. Cette indifférence manifeste du grand public pour ce drame touchant est véritablement injuste puisqu’il s’agit vraiment du meilleur film de son auteur depuis plusieurs années.


    June and John

    Réalisé par Luc Besson
    Avec Luke Stanton Eddy, Matilda Price
    Comédie, Romance
    1h32
    2025
    France

    John, un jeune homme prisonnier d’un quotidien morne, voit sa vie bouleversée lorsqu’il rencontre June, une femme pleine de vie et d’audace. Ensemble, ils se lancent dans une aventure imprévisible, faite de passion, de risques et de découvertes personnelles — une course contre la montre (et contre la loi) qui insuffle à leurs vies de la couleur, de la magie et de l’amour.
    June and John est un film français écrit et réalisé par Luc Besson. Tournant en rond pendant le confinement de 2020, il l’a écrit avant d’aller le tourner aux Etats-Unis avec un budget très modeste et deux jeunes acteurs inconnus. Le tout a été filmé avec des IPhone et une toute petite équipe technique de douze personnes, sans autorisation. L’histoire n’a pas grand intérêt, pleine de naïveté, plutôt puérile, avec un personnage féminin dont le cinéaste est friand (jeune femme un peu hystérique qui mène la danse en sortant régulièrement son flingue et recherche les sensations fortes). En revanche, techniquement, le film est assez bluffant et vaut la peine d’être vu pour voir ce que l’on peut obtenir avec de simples téléphones. C’est étonnant. (Pas de sortie en salles, streaming uniquement)

    Dracula

    Réalisé par Luc Besson
    Avec  Christoph Waltz, Guillaume de Tonquédec, Caleb Landry Jones, Anne Kessler, Matilda De Angelis, Zoe Bleu, Ewens Abid, Raphael Luce
    Drame, Fantastique, Épouvante
    2h09
    2025
    France

    Au XVe siècle, le prince Vladimir renie Dieu après la perte brutale et cruelle de son épouse. Il hérite alors d’une malédiction : la vie éternelle. Il devient Dracula. Condamné à errer à travers les siècles, il n’aura plus qu’un seul espoir : celui de retrouver son amour perdu.
     Réalisé, écrit et produit par Luc Besson, en partenariat avec plusieurs sociétés dont TF1 et SND, ce Dracula était l’un des événements médiatiques de l’été 2025, même si le cinéaste s’est montré plutôt discret dans le plan média. On pouvait être séduit sur le papier par cette nouvelle adaptation de la légende du vampire, Besson ayant souhaité revenir aux sources du matériau littéraire de Bram Stoker, et insuffler une dimension romanesque en insistant sur la tragique histoire d’amour initiale. Après DogMan, Besson a voulu collaborer à nouveau avec Caleb Landry Jones sur cette version accentuant la dimension romantique de l’histoire. Ce nouveau Dracula conserve globalement la trame du roman originel…mais également celle du film culte de Coppola (le nom d’Elisabeta, le background roumain..tout ça ne vient pas du roman) ! Une manière de confirmer que Besson n’a sans doute même pas lu le matériau source donc… Et à la vision des 2h de métrage, le constat reste sans appel : malgré un budget confortable pour un film français, cette version ne trouve jamais réellement le moyen d’assouvir totalement l’ambition de sa vision, mais pèche également à proposer une incarnation singulière.
    C’est d’emblée le cas lors de l’introduction du film, proposant une facture visuelle de produit streaming, des armures en plastique et une bataille dans un clairière à peine digne d’un Asterix ! Pour autant, Luc Besson a toujours eu un œil de cinéaste, et propose ici et là une mise en scène carrée (ce prêtre assassiné par un crucifix, le chaos maîtrisé des rares effusions de sang)… voire même quelques idées créatives !
    On saluera d’ailleurs LA bonne scène du film, à savoir une pyramide humaine de nonnes portant aux nues un Dracula cette fois séducteur uniquement via sa concoction de parfum (on pense immédiatement au bouquin de Patrick Süskind). Très Ken Russel dans l’âme donc ! Le regard face à la religion essaime ainsi cette adaptation de Dracula, mais reste globalement chiche dans une première heure finalement bien classique. Seuls le jeu de Caleb Landry Jones (flirtant par moments avec le cabotinage mais globalement de forte tenue) et Mathilda De Angelis (de loin le personnage féminin le plus fun et incarné du récit, en vampire à la solde de comte) parviennent à donner un peu de vie à l’ensemble, d’autant que Christoph Waltz en Van Helsing demeure trop périphérique (Besson lui réserve seulement un caractère proactif pour le final). Le pire restera malheureusement dans une deuxième heure centrée sur Dracula et Mina, ce sans la moindre alchimie et sans mise en scène adaptée pour transcrire la profession de foi voulue par Luc Besson. Tout le budget se retrouve également à court, plaçant son action entre 4 murs et dans un tronçon de foire peinant à nous faire ressentir la travail de production design. Même la sympathique BO de Danny Elfman repompe sa partition de Wolfman…qui elle-même détournait la BO de Wojcech Kilar pour le Dracula de 1992 ! Au final, on se demande réellement à qui est destinée cette nouvelle mouture : tout transpire le déjà-vu au rabais (même un Dracula Untold s’avérait plus convaincant dans son traitement d’un amour perdu) dans ce film français fait avec des acteurs anglophones. Une sorte de croisement entre le Dracula de 1992 (l’érotisme baroque, l’horreur et la maestria de mise en scène en moins) et la Belle et la Bête de Gans (la cohérence artistique en moins, mais avec des gargouilles en CGI dont on se demande réellement ce qu’elles fichent ici). Non pas une déception, mais un projet pas terrible bien loin de l’aura sulfureuse qui l’entoure, pour un réalisateur qui n’a toujours rien à proposer à part du plagiat dévitalisé.