13 févr. 2026

DANIELS

Daniel Kwan (ou parfois Dan Kwan) et Daniel Scheinert, souvent appelés Daniels, forment un duo de cinéastes américains.






Swiss Army Mankiewicz
Réalisé par Daniel Kwan et Daniel Scheinert 
Avec Paul Dano, Daniel Radcliffe, Mary Elizabeth Winstead
Comédie dramatique
1h37
2016
Etats-Unis
Hank, un homme désespéré errant dans la nature, découvre un mystérieux cadavre. Ils vont tous les deux embarquer dans un voyage épique afin de retrouver leur foyer. Lorsque Hank réalise que ce corps abandonné est la clé de sa survie, le suicidaire d'autrefois est forcé de convaincre un cadavre que la vie vaut la peine d'être vécu.
Il est des films dont on sent dès les premières bandes-annonces qu’ils ne seront pas comme les autres mais qui inquiètent autant qu’ils fascinent de prime abord parce qu’ils proposent un concept tellement casse-gueule qu’ils menacent de s’effondrer à tout instant. Et Swiss Army Man entre clairement dans cette catégorie. Parce qu’il s’agit d’un drame absurde avec Daniel Radcliffe en cadavre pétomane que Paul Dano utilise comme un jet-ski. Une idée absolument géniale s’il s’agissait d’un court-métrage mais dont on a bien du mal à voir comment elle ne peut pas s’effondrer sur elle-même pendant 1h30. Cependant, Swiss Army Man ne se repose jamais sur son concept absurde et a beaucoup de choses à raconter. Comme Hollywood n’est plus capable de raconter des histoires audacieuses et perchées, le cinéma indépendant s’en fait le relai et il faut reconnaitre aux réalisateurs-scénaristes Dan Kwan et Daniel Scheinhert l’énorme mérite de ne jamais vouloir faire leurs poseurs. Ils ont quelque chose à nous dire, c’est assez affreux et nous n’y sommes pas préparés quand le film débute. Plus que d’une comédie prout-prout, un peu vulgos et hype dans ses références, le duo nous assène, à notre plus grande surprise, un portrait impitoyable d’une génération de trentenaires complètement paumée, écrasée par l’image du père, inondée de culture geek et donc fatatalement coupée d’elle-même. Hank représente ainsi cette jeunesse en perdition, à qui on n’a jamais vraiment expliqué comment le monde fonctionnait, qui s’est forgée sa personnalité par ce qu’elle regardait et non ce qu’elle vivait et le constat est autant amère que jubilatoire. Sorte de Seul au monde sous acides où le ballon Wilson serait remplacé par un cadavre priapique, Swiss Army Man nous bouscule en profondeur comme peu de films sont capables de le faire aujourd’hui. Le film est ainsi une douloureuse plongée introspective dans la psyché malade de son héros, dont la névrose donne vie à un cadavre qui devient ainsi son psy, son meilleur ami, son double fantasmé tout autant que celui qui le met face à ses contradictions. Entre Oedipe mal digéré, frustration sexuelle non assumée, lâcheté, déni de soi et timidité maladive, Swiss Army Man ne nous épargne rien. Mais on aurait tort de le cantonner à une simple thérapie un brin hardcore tant le film a de choses à nous offrir. Déjà, Swiss Army Man est drôle, très drôle, et ses comédiens sont excellents. Si Paul Dano fait preuve une nouvelle fois de son grand talent, tout en subtilité, c’est évidemment Daniel Radcliffe qui impressionne le plus dans le rôle de Manny. Laissant toute fierté de côté, il plonge à fond dans son rôle pour composer un cadavre extrêmement attachant et prouve une nouvelle fois qu’il n’est pas que le petit sorcier à lunettes avec lequel il s’est fait connaitre. Le film nous gratifie en outre de plusieurs séquences complètement folles, d’idées fantastiques mais toutes simples, magnifiées par la mise en scène sobre mais terriblement efficace des réalisateurs. Il n’y a aucune baisse de ton, aucune esbrouffe, tout transpire la maitrise et la sincérité. Bref, Swiss Army Man est un petit miracle.
Après, c’est une évidence, le film peut s’avérer dérangeant pour les âmes sensibles sur le fond comme sur la forme, il en appelle à une ouverture d’esprit certaine et la subtilité, tout comme le refus d’apporter une réponse claire, risque de dérouter ceux qui n’envisagent le cinéma que comme un divertissement inoffensif. Mais pour tous les autres, Swiss Army Man est un film à voir absolument, film complètement fou, qui ne se perd jamais en cours de route, terriblement drôle, ou drôlement terrible (on ne sait pas trop) et qui prouve une nouvelle fois que le cinéma ne résume pas qu’aux super-héros et qu’on peut faire rire avec des prouts tout en questionnant notre nature profonde et notre place dans notre vie. Mâtiné d’un mauvais goût jubilatoire, Swiss Army Man est aussi une réflexion douce-amère sur le délicat passage à l’âge adulte, l’amitié et les amours tragiques.


The Death of Dick Long
Réalisé par Daniel Scheinert 
Avec Michael Abbott Jr.Andre HylandVirginia Newcomb, Daniel Scheinert
Comédie
1h40
2019
Etats-Unis
Au sein d'une petite ville d'Alabama, un certain Dick est mort. Ses amis, Zeke et Earl, ne souhaitent pas que les autorités découvrent comment. Ils tentent alors de camoufler le décès. Mais la femme de Zeke et sa fille sont soupçonneuses...
Daniel Scheinert continue son exploration de la comédie noire, toujours en partant du postulat des corps sans vie. Utiliser l’inanimé pour écrire du mouvement, voilà une démarche fascinantes. The Death of Dick Long mélange donc l’humour noir avec des idées provocatrices pour produire un mélange tranchant certes inégal mais tellement jubilatoire.

Everrything Everywhere All at Once
Réalisé par Daniel Kwan et Daniel Scheinert 
Avec Michelle YeohKe Huy QuanJamie Lee Curtis
Action, Comédie, Drame
2h19
2022
Etats-Unis
Evelyn Wang est à bout : elle ne comprend plus sa famille, son travail et croule sous les impôts… Soudain, elle se retrouve plongée dans le multivers, des mondes parallèles où elle explore toutes les vies qu’elle aurait pu mener. Face à des forces obscures, elle seule peut sauver le monde mais aussi préserver la chose la plus précieuse : sa famille.
Avec Everything Everywhere All At Once, où les idées les plus indéfendables se succèdent à un rythme effréné afin de décupler la puissance émotionnelle de l'expérience, les "Daniels" ne se contentent pas d'un film-somme : ils créent, devant nos yeux ébahis et humides, le film-multiplication.