Daniel
Kwan (ou parfois Dan Kwan) et Daniel Scheinert,
souvent appelés Daniels, forment un duo de
cinéastes américains.
Swiss
Army Mankiewicz
Réalisé
par Daniel Kwan et Daniel
Scheinert
Avec
Paul Dano, Daniel Radcliffe, Mary
Elizabeth Winstead
Comédie
dramatique
1h37
2016
Etats-Unis
Hank,
un homme désespéré errant dans la nature, découvre un mystérieux
cadavre. Ils vont tous les deux embarquer dans un voyage épique afin
de retrouver leur foyer. Lorsque Hank réalise que ce corps abandonné
est la clé de sa survie, le suicidaire d'autrefois est forcé de
convaincre un cadavre que la vie vaut la peine d'être vécu.
Il
est des films dont on sent dès les premières bandes-annonces qu’ils
ne seront pas comme les autres mais qui inquiètent autant qu’ils
fascinent de prime abord parce qu’ils proposent un
concept tellement casse-gueule qu’ils menacent de s’effondrer à
tout instant. Et Swiss
Army Man entre
clairement dans cette catégorie. Parce qu’il s’agit d’un drame
absurde avec Daniel Radcliffe en cadavre pétomane que Paul
Dano utilise comme un jet-ski. Une idée absolument géniale
s’il s’agissait d’un court-métrage mais dont on a bien du mal
à voir comment elle ne peut pas s’effondrer sur elle-même pendant
1h30. Cependant,
Swiss
Army Man ne
se repose jamais sur son concept absurde et a beaucoup de choses à
raconter. Comme Hollywood n’est plus capable de raconter des
histoires audacieuses et perchées, le cinéma indépendant s’en
fait le relai et il faut reconnaitre aux réalisateurs-scénaristes Dan
Kwan et Daniel
Scheinhert l’énorme
mérite de ne jamais vouloir faire leurs poseurs. Ils ont quelque
chose à nous dire, c’est assez affreux et nous n’y sommes pas
préparés quand le film débute.
Plus
que d’une comédie prout-prout, un peu vulgos et hype dans ses
références, le duo nous assène, à notre plus grande surprise, un
portrait impitoyable d’une génération de trentenaires
complètement paumée,
écrasée par l’image du père, inondée de culture geek et donc
fatatalement coupée d’elle-même. Hank représente ainsi cette
jeunesse en perdition, à qui on n’a jamais vraiment expliqué
comment le monde fonctionnait, qui s’est forgée sa personnalité
par ce qu’elle regardait et non ce qu’elle vivait et le constat
est autant amère que jubilatoire. Sorte de Seul
au monde sous
acides où le ballon Wilson serait remplacé par un cadavre
priapique, Swiss
Army Man nous
bouscule en profondeur comme
peu de films sont capables de le faire aujourd’hui.
Le
film est ainsi une douloureuse plongée introspective dans la psyché
malade de son héros, dont la névrose donne vie à un cadavre qui
devient ainsi son psy, son meilleur ami, son double fantasmé tout
autant que celui qui le met face à ses contradictions. Entre Oedipe
mal digéré, frustration sexuelle non assumée, lâcheté, déni de
soi et timidité maladive, Swiss
Army Man ne
nous épargne rien. Mais on aurait tort de le cantonner à une simple
thérapie un brin hardcore tant le film a de choses à nous offrir.
Déjà, Swiss
Army Man est
drôle, très drôle,
et ses comédiens sont excellents. Si Paul Dano fait preuve une
nouvelle fois de son grand talent, tout en subtilité, c’est
évidemment Daniel
Radcliffe qui impressionne le plus dans
le rôle de Manny. Laissant toute fierté de côté, il plonge à
fond dans son rôle pour composer un cadavre extrêmement attachant
et prouve une nouvelle fois qu’il n’est pas que le petit sorcier
à lunettes avec lequel il s’est fait connaitre. Le film nous
gratifie en outre de plusieurs séquences complètement folles,
d’idées fantastiques mais toutes simples, magnifiées par la mise
en scène sobre mais terriblement efficace des réalisateurs. Il n’y
a aucune baisse de ton, aucune esbrouffe, tout transpire la maitrise
et la sincérité. Bref, Swiss
Army Man est
un petit miracle.
Après,
c’est une évidence, le film peut s’avérer dérangeant pour les
âmes sensibles sur le fond comme sur la forme, il en appelle à une
ouverture d’esprit certaine et la subtilité, tout comme le refus
d’apporter une réponse claire, risque de dérouter ceux qui
n’envisagent le cinéma que comme un divertissement inoffensif.
Mais
pour tous les autres, Swiss
Army Man est
un film à voir absolument, film
complètement fou,
qui ne se perd jamais en cours de route, terriblement drôle, ou
drôlement terrible (on ne sait pas trop) et qui prouve une nouvelle
fois que le cinéma ne résume pas qu’aux super-héros et qu’on
peut faire rire avec des prouts tout en questionnant notre nature
profonde et notre place dans notre vie. Mâtiné
d’un mauvais goût jubilatoire, Swiss
Army Man est
aussi une réflexion douce-amère sur le délicat passage à l’âge
adulte, l’amitié et les amours tragiques.
The
Death of Dick Long
Réalisé
par Daniel Scheinert
Avec
Michael Abbott Jr., Andre
Hyland, Virginia
Newcomb, Daniel Scheinert
Comédie
1h40
2019
Etats-Unis
Au
sein d'une petite ville d'Alabama, un certain Dick est mort. Ses
amis, Zeke et Earl, ne souhaitent pas que les autorités découvrent
comment. Ils tentent alors de camoufler le décès. Mais la femme de
Zeke et sa fille sont soupçonneuses...
Daniel
Scheinert continue son exploration de la comédie noire, toujours en
partant du postulat des corps sans vie. Utiliser l’inanimé pour
écrire du mouvement, voilà une démarche fascinantes. The Death of
Dick Long mélange donc l’humour noir avec des idées provocatrices
pour produire un mélange tranchant certes inégal mais tellement
jubilatoire.
Everrything
Everywhere All at Once
Réalisé
par Daniel Kwan et Daniel
Scheinert
Avec
Michelle Yeoh, Ke
Huy Quan, Jamie Lee
Curtis
Action,
Comédie, Drame
2h19
2022
Etats-Unis
Evelyn
Wang est à bout : elle ne comprend plus sa famille, son travail et
croule sous les impôts… Soudain, elle se retrouve plongée dans le
multivers, des mondes parallèles où elle explore toutes les vies
qu’elle aurait pu mener. Face à des forces obscures, elle seule
peut sauver le monde mais aussi préserver la chose la plus précieuse
: sa famille.
Avec
Everything Everywhere All At Once, où les idées les plus
indéfendables se succèdent à un rythme effréné afin de décupler
la puissance émotionnelle de l'expérience, les "Daniels"
ne se contentent pas d'un film-somme : ils créent, devant nos yeux
ébahis et humides, le film-multiplication.