31 juil. 2020

Yórgos Lánthimos












Réalisateur grec, 1973


Réalisé par Yórgos Lánthimos
Avec Evangelia Randou, Aris Servetalis, Youlika Skafida
Film grec
Genre : drame
Durée : 1h35
Année : 2005
Titre original : Κινέττα
Kinetta, une pauvre petite ville de Grèce, abandonnée pendant l'hiver par les travailleurs immigrés. Des policiers en civil passionnés d'automobiles, des greffiers et des femmes russes enquêtent sur une récente série de meurtres qui se sont produits dans le coin.
Nous faisons ici la connaissance d'un triangle amical étrange : une femme de chambre qui s'amuse à simuler des morts violentes, un "metteur en scène" fasciné par la violence qu'il met ensuite en scène très froidement, et un cameraman qui filme tout ça sans affect. Ce trio passe le temps dans une sorte de ville déserte à fabriquer des films, où les actions violentes sont filmées lentement, avec distance, où les événements les plus tendus (le viol, la mort, l'amour) sont remplacés par leurs simulacres, par des mimes de surface. Le film est en caméra sur épaule

Réalisé par Yórgos Lánthimos
Avec Christos StergioglouMichele ValleyChristos Passalis
Film grec
Genre : drame
Durée : 1h36
Année : 2009
Titre original : Κυνόδοντας
Une famille vit dans une maison en pleine campagne. Les enfants ne l'ont jamais quittée. Ils ont été élevés sans aucune influence du monde extérieur.
On retrouve avec Canine le style caractéristique du cinéastegrec : cadrage millimétré et fixe, une mise en scène et en espace proches de la chorégraphie, un ton sarcastique, mystérieux et pince-sans-rire, et des idées folles. La mise en scène, à coups d’idées de cinéma, grâce à une interprétation habitée, ne s’écarte jamais d’une certaine forme de réalisme, et, même au cœur de l’horreur, d’une certaine tendresse à l’égard de ses personnages (l’amour et la douleur qui unissent les parents). C’est au prix de ces efforts humanistes que Canine, toujours au bord du précipice (ce sont les meilleurs films), ne tombe jamais dans la démonstration, le symbolisme excessif ou le moralisme froid à la Ulrich Seidl ou Lars von Trier. C’est plutôt sur les terres de Fassbinder ou Pasolini que s’aventure le cinéma de Yorgos Lanthimos.

Réalisé par Yórgos Lánthimos
Avec Angeliki Papoulia, Ariane Labed, Aris Servetalis
Film grec
Genre : drame
Durée : 1h33
Année : 2011
Titre original : Άλπεις
Une infirmière de nuit fournit des services bien particuliers aux familles qui ont perdu leurs proches. Cette infirmière appartient à une mystérieuse communauté, les Alpis, dont les membres remplacent, en échange d'un salaire, les gens qui viennent de décéder auprès de leurs familles.
Doté d’un scénario des plus original et étonnant, Alps se présente comme un film à la fois sinistre et drôle, pouvant aller jusqu’à être étrangement dérangeant voir même effrayant par son apparence austère, son scénario glacial et sa mise en scène chirurgicale. Le scénario fascinant (coécrit avec Efthimis Filippou) réinvente un monde où tous nos repères sont mis à mal. Comme Canine, Alps repose sur une construction passionnante de création d’une réalité parallèle, différente de celle que l’on connaît car justement dénuée de tout réalisme. Une réalité surréaliste angoissante où l’absurde côtoie le morbide. Notre vision de la réalité est déviée. Les normes sociales, tout comme nos certitudes, volent en éclats. L’humour glacial, à l’image de son esthétique visuelle froide (couleurs blanches et bleutées) et l’imprévisibilité de l’histoire créent  une tension permanente chez le spectateur. Ce beau film étrange vient confirmer l’univers personnel d’un auteur atypique qui rappelle tout autant ceux de Michael Haneke et Robert Bresson que ceux de John Cassavetes où encore de Luis Buñuel. Foisonnant d’allégories en écho à la situation actuelle de son pays mais aussi à celle du monde occidental, Yorgos Lanthimos délivre ici une véritable expérience de psychologie sociale, une recherche anthropologique, tout en en refusant paradoxalement mais brillamment toute explication didactique. Audacieux par son sujet et son scénario mais aussi par son traitement, sa mise en scène rigoureuse (scènes abruptes; cadres précis et longs plans fixes évocateurs), ce film furieux déstabilise et désoriente en questionnant sur la limite où se situe la frontière entre le jeu,  mais aussi le « je », et la « vraie vie ». L’Être et le paraître. A trop vouloir paraître, on oublie d’être. Écrasé par la perversion du système auquel se réfère la société, l’être humain perd toute son individualité et donc par la même son humanité. Les acteurs et leurs personnages jouant des personnages (vertigineuse et brillante mise en abîme) ne sont plus que des corps sans « âme », sans conscience, sans personnalité. Ils sont vides de toute humanité et n’ont pas plus de vie en eux que les disparus qu’ils remplacent. Les personnes disparues ne sont plus et sont irremplaçables. Ce constat de la non acceptation de la mort renvoie inéluctablement à la question du (non)sens de la vie.

Réalisé par Yórgos Lánthimos
Avec Colin Farrell, Rachel Weisz, Jessica Barden, Léa Seydoux
Film grec, irlandais, britannique
Genre : drame
Durée : 1h59
Année : 2015
Titre original : Ο Αστακός
Dans un futur proche… Toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme soeur. Passé ce délai, elle sera transformée en l'animal de son choix. Pour échapper à ce destin, un homme s'enfuit et rejoint dans les bois un groupe de résistants ; les Solitaires.
Yorgos Lanthimos élabore un film étrange et prenant, une satire des injonctions au bonheur et à la vie à deux, prodiguées ad nauseam par la pub et autres images dominantes. C'est un système fermé : une machine à produire de la fiction gratuite et cérébrale, une fable acide sur les entraves que l'homme met sans cesse à son propre bonheur. Mais le bonheur frelaté de la consommation et la contrainte normative qui le sous-tend, le refus de cette jouissance et le repli sectaire qui s’ensuit, sont des termes qui ne nous sont hélas pas étrangers. The Lobster prend donc place dans la famille orpheline des fables sociales type Week-end (1967), de Jean-Luc Godard, De la guerre (2008), de Bertrand Bonello, ou Her (2014), de Spike Jonze. 

Réalisé par Yórgos Lánthimos
Avec Colin Farrell, Nicole Kidman, Barry Keoghan
Film irlandais, britannique
Genre : drame
Durée : 2h
Année : 2017
Titre original : The Killing of a Sacred Deer / Ο θάνατος του ιερού ελαφιού
Steven, un brillant chirurgien, prend sous son aile un adolescent. Ce dernier s’immisce progressivement au sein de sa famille et devient de plus en plus menaçant, jusqu’à conduire Steven à un impensable sacrifice.
Inspiré par le mythe d’Iphigénie, le réalisateur grec Yorgos Lanthimos signe une tragédie où le spectateur devient le cobaye d’une expérience. C’est sans doute dans les choix de mise en scène et de direction d’acteurs que le nihilisme cal­culateur de Yorgos Lanthimos ­s’affirme le plus exemplairement. Longs travellings dans les couloirs sinistres d’un hôpital moderne, plans en plongée verticale… par cette rhétorique formelle, le cinéaste inscrit le sentiment d’une fatalité et d’un déroulement inéluctable vers la catastrophe. Mise à mort du cerf sacré manipule les tons et les esthétiques avec une virtuosité qui fascine le spectateur à mesure qu’il l’éprouve. Avec cette œuvre à la fois glaçante et baroque, ironique et furieusement tragique, Yórgos Lánthimos offre un film d’épouvante précieux, de ceux qui métamorphosent le cinéma en expérience métaphysique. 

Réalisé par Yórgos Lánthimos
Avec Olivia Colman, Rachel Weisz, Emma Stone
Film améric
Genre : drame
Durée : 2h
Année : 2018
Titre original : The Favourite / Η Ευνοούμενη
Début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail quant à elle parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin.
Yorgos Lanthimos n’a pas pour habitude de faire des ronds de jambe à la société contemporaine. Il a pris soin, dans ses précédents films, d’en révéler les plus mauvais travers. Dans Canine (2009), The Lobster (2015) et Mise à mort du cerf sacré (2017) régnaient l’hypocrisie, le mensonge, le crime, le sectarisme. Des maux que le cinéaste grec a toujours soumis à la cruauté et à l’irrévérence, explosant tout sur son passage, la forme comme le fond. On aurait pu craindre qu’un film historique en costumes vienne amoindrir ce caractère nihiliste et le sens de la dérision dont le cinéaste l’accompagne. On sait, après avoir vu La Favorite, qu’il en eut fallu bien plus, à Yorgos Lanthimos, que la cour du Royaume-Uni, au XVIIIe siècle, pour l’intimider et l’assagir. Nul doute, à l’inverse, qu’il ait éprouvé un malin plaisir à repousser les limites du genre et à dynamiter les figures qui ordinairement l’animent, trouvant dans les fastes d’un royaume nouvelle matière à ses impertinences. Car si sa mise en scène se veut moins radicale qu'à l'accoutumée, sa verve sarcastique reste inchangée, tout comme le regard sans complaisance qu'il porte sur cet étrange animal qu'est l'être humain. Avec The Favourite, plutôt que de se fourvoyer artistiquement, il fait preuve d' un humour grinçant et jubilatoire qui lui permet d'exceller dans l'exercice satirique et de questionner durablement notre époque, notamment sur la place octroyée par celle-ci à la femme. Mais si cela est possible, c'est avant tout grâce au remarquable travail d'écriture effectué par Deborah Davis et Tony McNamara. En effet, grâce à leurs plumes, l'univers habituellement clinique du cinéaste se transforme en quelque chose de plus vivant et d'infiniment plus universel ; à l'instar de ces personnages qui ne sont plus uniquement froids et cruels, mais qui deviennent des êtres complexes et ambivalents, capables d'éprouver des sentiments aussi forts que contradictoires (amour, jalousie, etc.). Ainsi, plutôt que de tomber dans la caricature et le manichéisme, The Favourite explore le comportement humain dans toute sa complexité, à travers des figures qui se veulent plus intemporelles qu'historiques, plus symboliques que réalistes. L’incroyable mélange de drôlerie et de férocité de "La Favorite", allié un scénario intelligent, des actrices hors-pair, un montage audacieux et une photographie somptueuse font de ce film à la fois l'un de plus accomplis de Lanthimos mais aussi un ses plus accessibles. Moins glaçant que "Mise à mort du cerf sacré" il n'en poursuit pas moins son étude de la désagrégation de l'âme humaine. 

Réalisé par Yórgos Lánthimos
Avec Emma Stone, Mark Ruffalo, Willem Dafoe, Ramy Youssef
Film irlando-britannico-américain
Genre : comédie, fantastique
Durée : 2h21
Année de production : 2023

Bella est une jeune femme ramenée à la vie par le brillant et peu orthodoxe Dr Godwin Baxter. Sous sa protection, elle a soif d’apprendre. Avide de découvrir le monde dont elle ignore tout, elle s'enfuit avec Duncan Wedderburn, un avocat habile et débauché, et embarque pour une odyssée étourdissante à travers les continents. Imperméable aux préjugés de son époque, Bella est résolue à ne rien céder sur les principes d’égalité et de libération.
Visuellement stupéfiant, le film démarre en noir & blanc et bascule en couleurs quand les personnages embarquent pour un voyage au long cours et se laisse admirer à chaque plan. Radical, drôle, émouvant, déstabilisant et complètement fou. Pauvres Creatures est de ces rares oeuvres qui continuent de nous hanter longtemps après leur générique de fin. Emma Stone, dans le rôle d’une femme qui redécouvre son corps et le regard des hommes, livre une prestation hors norme.

Réalisé par
Yórgos Lánthimos
Avec Emma Stone, Jesse Plemons, Willem Dafoe
Irlande, Royaume-Uni, Etats-Unis
Comédie noire, thriller psychologique
2h44
2024
KINDS OF KINDNESS est une fable en tryptique qui suit : un homme sans choix qui tente de prendre le contrôle de sa propre vie ; un policier inquiet parce que sa femme disparue en mer est de retour et qu’elle semble une personne différente ; et une femme déterminée à trouver une personne bien précise dotée d’un pouvoir spécial, destinée à devenir un chef spirituel prodigieux.
Domination, peur de l'autre et sectarisme, cette fable en trois histoires différentes, jouée par les mêmes interprètes, est un exercice de style, brillant certes, mais au fond assez vide. 


Bugonia
Réalisé par Yórgos Lánthimos
Avec  Emma Stone, Jesse Plemons, Aidan Delbis
Comédie, Science-Fiction, Thriller
1h59
2025
Irlande, Corée du Sud, Canada, Etats-Unis
Deux jeunes hommes obsédés par les théories du complot kidnappent la PDG d’une grande entreprise, convaincus qu’elle est une extraterrestre déterminée à détruire la planète Terre.
Porosité entre fantasme et réalité dans une Amérique fragmentée, film à suspense et comédie noire, thriller paranoïaque délicieusement absurde, "Bugonia" est un alien à lui tout seul, imbriquant avec brio dérives complotistes, réflexions écologiques et politiques dans un univers déjanté dont le cinéaste grec a le secret et l'indéniable maîtrise.